Catégorie: Venezuela

Alors qu’Hugo Chavez faisait ses premiers pas de vedette cinématographique à Venise il y a quelques jours, la nature et le montant des différents contrats conclus par le président vénézuélien lors de sa tournée eurasiatique sortaient dans la presse internationale. Dans une grande tradition qui n’est pas sans rappeler les grandes heures de l’URSS, le gouvernement russe a conclu un accord avec H. Chavez portant sur l’accès aux gisements pétrolifères vénézuéliens contre des facilités de crédit en matière d’achat d’armes lourdes.
Bénéficiant des 2es réserves mondiales de pétrole, selon des estimations toujours contestées, le Venezuela est un partenaire plus qu’intéressant pour Moscou. En effet, tant par l’ampleur de ses réserves que par sa qualité de membre fondateur de l’OPEP, organisme que la Russie rêve d’intégrer, Caracas a, en outre, une orientation en politique internationale compatible avec les visées russes. Etat leader de l’opposition aux Etats-Unis en Amérique du Sud, opposition de plus en plus visible, le Venezuela voit dans Moscou le compagnon de lutte idéal pour en finir avec la mainmise américaine sur l’ensemble du continent américain.
Depuis la création de l’UNASUR en 2008, il semblerait bien qu’Hugo Chavez ait réussi à trouver le cadre continental qui lui manquait jusqu’ici pour faire entendre son opposition à la doctrine Monroe. Agrégeant autour du Venezuela un nombre toujours plus grand d’Etats revendiquant véritable identité sur la scène internationale, Caracas n’en poursuit pas moins une politique étrangère qui lui est propre.
En matière énergétique, tout en favorisant les rencontres entre pays arabes et sud-américains, le Venezuela signe avec la Russie un accord d’un milliard de dollars portant sur l’exploitation des gisements de l’Orénoque. Dans le même temps Hugo Chavez rêve de la création d’un grand cartel gazier mondial avec des pays proches de Moscou (Iran, Russie, Syrie, Algérie…). Voulant transformer sa puissance économique en puissance militaire, il n’est pas étonnant qu’Hugo Chavez se soit tourné vers son partenaire russe afin de parfaire son parc de blindés et de défenses anti-aériennes et anti-missiles.
Toutefois le Venezuela est loin d’être le seul Etat d’Amérique du Sud engagé dans une telle logique. La Colombie tout d’abord, sœur-ennemie du Venezuela, de plus en plus isolée dans son alliance avec les Etats-Unis, regarde comme toujours vers Washington. Le gouvernement américain, même s’il dénonce la course aux armements du Venezuela, équipe lui aussi de son côté la Colombie, dernier bastion de l’influence étatsunienne dans l’UNASUR.
Cette posture unique parmi les Etats sud-américains n’est pas sans provoquer des heurts puisqu’un sommet extraordinaire de l’UNASUR a du être organisé en catastrophe en Argentine à la fin du mois d’août sur la question des bases américaines en Colombie, destinées officiellement à lutter contre les cartels de la drogue. La présence d’une grande masse de troupes fortement armées le long de la frontière entre Venezuela et Colombie représente, malgré l’existence de l’UNASUR, un risque important de conflit, ce qu’H. Chavez ne manque jamais de rappeler.
Dans le même temps, un troisième Etat de la zone cherche lui aussi à acheter de grandes quantités de matériels militaires : le Brésil. Celui dont on dit qu’il est le plus faible des BRICs n’en reste pas moins un Etat puissant, le plus peuplé de la région et disposant de l’économie la plus dynamique. Alors que Lula n’a jamais tenté de s’imposer à la tête de l’UNASUR, rôle qui aurait pourtant dû logiquement être dévolu au Brésil au vu de sa puissance, Brasilia affiche aujourd’hui une volonté plus ferme de ne pas se laisser distancer en matière militaire par les Etats hispanophones. La récente visite de N. Sarkozy avait en effet pour but de faire pencher la balance du côté français dans l’appel d’offre lancé par le Brésil pour l’acquisition d’une trentaine d’avions de combat de dernière génération. Contrairement à ses voisins, le Brésil cherche à acquérir la technologie, en plus des matériels eux-mêmes. Voulant par là-même développer de manière accélérée son industrie d’armements et d’aéronautique, après l’échec du blindé national Osorio dans les années 90, Lula vise une politique de plus long terme qui a aussi le mérite d’apparaître moins agressive sur le plan international.
Au moment où l’Amérique du Sud commence à devenir un véritable terrain d’investissement et alors qu’elle pourrait apparaître grâce à l’UNASUR comme plus unie que jamais, elle est aussi le terrain d’une véritable course aux armements. Le sous-continent pourrait ainsi devenir un lieu d’affrontement d’influence russo-américain où le Venezuela reprendrait le rôle naguère tenu par un Cuba à bout de souffle aujourd’hui. Toutefois la grande nouveauté vient du Brésil qui, timidement et sans les éclats sonores d’un Chavez, affirme aujourd’hui sa volonté de puissance.
Auteur : Nicolas Mazzucchi
également publié sur polemos.fr sous le titre : la course sud-américaine aux armements.

En quête de popularité auprès de l’opinion publique vénézuelienne, le président Chavez entreprend une tournée sur-médiatisée et profite de cette occasion pour faire appel à ses sens du business, du spectacle, et de la provocation, dont il a le secret.
En effet à l’issue de sa tournée dans six pays : Libye, Algérie, Iran, Syrie, Bélarus et Russie, le président H. Chavez repart avec 760 millions de contrats pétroliers avec l’Iran et des transferts de technologie en matière nucléaire (création d’une ville et d’un programme civil nucléaires). Il complète la coopération russo-vénézuélienne par des accords énergétiques (dans l’exploitation des gisements de l’Orénoque) et d’armement (armes et prêt de la Russie pour le Vénézuela finançant l’achat armes russes), œuvre pour l’évolution de la coopération avec l’Algérie via Sonatrach, conforte les coopérations existantes avec le Bélarus et participe au sommet de l’Union Africaine en Libye.
C’est également pour lui l’occasion de heurter les sensibilités occidentales : attaques contre Israël et les États-Unis, reconnaissance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud, soutien de l’Iran dans le développement de son programme nucléaire, et, plus original, participation en tant que « guest star » à au 66ème festival de la Mostra à Venice pour la présentation d’un documentaire qui lui est dédié : « Au sud de la frontière ».
Mais ce périple cache un tout autre enjeu majeur, la volonté d’Hugo Chavez de réaliser avec ces alliées le « Cartel du Gaz ». Les enjeux économiques d’une telle réalisation seraient économiquement et politiquement énormes, surtout pour l’Europe et les États-Unis. Ce projet avait déjà été tenté il y a quelques années mais n’a connu qu’un faible succès de court terme.
Qu’en est-il des effets recherchés par la reprise du cartel du gaz, historiquement menée par la Russie ? Les pays occidentaux ont-ils des raisons de craindre l’agitation de H. Chavez dans la région ? Ceci fera l’objet près prochainement d’un dossier thématique de l’équipe d’unasur.fr.
Auteurs : Isabelle Le Guay et Serge Sedille
Au Venezuela, les mois de juillet et août ont notamment été marqués par une polémique sur les libertés d’expression et de la presse. Ainsi, l’accumulation de trois faits clés ont alimenté l’actualité : la fermeture de 34 médias vénézuéliens et de 29 autres d’ici peu, les projets de loi proposés par Luisa Ortega ainsi que l’attaque armée de Globovision. Ce dernier fait de plus l’objet de six procédures ouvertes par le Ministre des Travaux Public et du Travail, Diosdado Cabello. Concernant le premier point, des raisons technico-administratives ont été évoquées par le gouvernement pour justifier les nombreuses fermetures.
Ces informations ont par ailleurs été relayées à l’international par Reporters Sans Frontières pour dénoncer la situation alarmante au Venezuela, puis reprise par nombre de médias étrangers. RSF écrit ainsi dans sa lettre au Président datant de mai 2009 : « Jamais n’a eu lieu la subordination de la quasi-totalité du secteur télévisuel à la seule voix dirigeante ». Et selon Carlos Correa, directeur de l’organisation de défense de la liberté d’expression Espacio Publico : « Nous assistons au plus important dispositif de restrictions à la liberté d’expression jamais mis en place au Venezuela, sans précédent en période de démocratie ».
Il est effectivement troublant de constater que ces deux télévisions et de ces trente deux radios sont détenus par des grands propriétaires – les latifundios, sachant que les plus fortes critiques envers le gouvernement de H. Chavez proviennent majoritairement du secteur médiatique privé. Selon le ministre Diosdado Cabello lui-même : « l’espace radiophonique est l’un des seuls lieux où la Révolution ne s’est pas fait sentir ». Le président semble ouvertement chercher à bâillonner les voix discordantes au profit de sa Révolution Bolivarienne. Le secteur privé, visé par cette synchronisation d’actions, accuse le gouvernement de ne pas avoir envoyé d’avertissements et de ne pas permettre aux radios et télévisions visées de ne pouvoir faire appel à cette décision. Par la même occasion, celui-ci plaide naturellement contre la concentration des pouvoirs aux mains de Chavez. Rappelons-nous du tollé provoqué par le non-renouvelement de la licence accordée à RCTV en avril 2007, décrite alors comme la principale opposition au gouvernement de Chavez. Petit à petit, le président vénézuélien semble ainsi neutraliser le puissant outil que constitue les médias pour asseoir sa puissance. Cependant, il serait intéressant de compléter ces faits avec un certain nombre d’éléments peu signalés par les médias français.
En premier lieu, la fermeture des médias concernés fait suite à l’annonce le 1er juillet d’une opération de routine visant à déterminer les stations radios et télévisions se trouvant dans une situation irrégulière, à savoir dont la licence n’a pas été renouvelée ou les propriétaires se sont retrouvés dans l’incapacité de présenter un titre de licence. Dans les cas suivants, les fréquences hertziennes correspondantes retomberaient dans le domaine public. Sans pour autant constituer un préavis, les médias avaient été informés publiquement un mois auparavant. Face aux fortes critiques suscitées par la démarche, le président vénézuélien déclare : « Nous n’avons pas fermé de stations de radio, nous avons appliqué la loi ». Une loi qui paraît pourtant survenir à point nommé pour limiter les critiques à l’égard du gouvernement sur de futures actions autoritaires et réellement compromettantes pour la démocratie. Par ailleurs, à défaut de disposer de fréquences hertziennes, ces chaines et stations disposent toujours d’une diffusion par Internet, le câble et le satellite. Cependant, il faut relever que moins de 20% des Vénézuéliens disposent d’une connexion Internet, ce qui limite considérablement la portée de ces médias.
Un point à rappeler est la polémique suscitée en avril 2007, lors du non-renouvelement de la concession de vingt ans accordée à RCTV, alors décriée comme « la dernière chaîne d’opposition à Chávez » par l’AFP. Ce à quoi il faut préciser le décret publié en 1987 : « Les concessions pour la transmission et l’exploitation de chaînes de télévisions et fréquences de radio seront délivrées pour une période de 20 ans ». Cette chaine télévisée, défendue par RSF, a joué un rôle non négligeable dans le coup d’Etat par Pedro Carmona Estanga en avril 2002. L’opposition semble donc avoir, de par le passé, usé de stratégies anti-démocratiques – le coup d’Etat – pour parvenir à leurs fins. Globovision est, quant à elle, notamment accusée par le gouvernement de filtrer l’information pour ne divulguer que des commentaires et faits anti-chavistes, d’inciter à la panique et de nuire à la santé morale de la population en citant le cas du tremblement de terre durant laquelle la chaine aurait volontairement filtré les informations obtenues par le gouvernement pour l’accuser d’immobilisme face à la situation.
Finalement, une manifestation passée inaperçue en France constitue la marche de médias associatifs réclamant la démocratisation du spectre radioélectrique. En effet, le spectre hertzien est constitué à près de 80% de stations et chaines privées, laissant peu de place aux associations et au domaine public. L’ANMCLA, notamment, se porte la voix des communautés non représentées sur les ondes, en accusant la saturation par les stations à but lucratif. Un amalgame semble donc possible entre l’atteinte à la liberté de la presse et la liberté des entreprises privées. Il semblerait que les principaux médias occidentaux aient favorisé la première option.
Nombreuses critiques face à l’adoption de la nouvelle loi organique de l’éducation
Près d’un moi après l’adoption au 15 août 2009 de la loi organique de l’éducation (LOE), les révoltes de la « population » restent soutenues à Caracas et à travers le Venezuela. Sur quels point cette loi est-elle controversée ? Tout d’abord l’interdiction d’utiliser des articles de journaux ou des émissions radios ou télévisées critiquant ouvertement le gouvernement à des fins pédagogiques (article 10 de la LOE). Les activité de prosélytisme et de propagande y sont par ailleurs interdites. Une autre controverse porte sur le caractère laïque du nouveau programme, sachant qu’il existe un réseau important d’écoles religieuses privées et publiques. Celles-ci se retrouveraient contraintes d’abandonner les cours d’éducation religieuse, dans un pays où la population est majoritairement catholique (à plus de 95%). Car cette loi encadre l’éducation vénézuélienne de façon laïque, et prône des valeurs telles que l’équité, la tolérance, le respect des valeurs culturelles et interculturelles.
L’opposition craint la perte d’autonomie des universités, ainsi que la mise en danger des restes démocratiques du pays, le contrôle du budget et des méthodes pédagogiques. En effet, de lourdes sanctions sont prévues en cas de non-respect de la loi : bien qu’ils bénéficient de la garantie d’être entendus et à exercer leur défense, les enseignants risquent jusqu’à dix ans d’interdiction d’enseignement. Les écoles peuvent également se voir contraintes de fermer. L’application de la loi sera vérifiée par les conseils communaux, crées par le président Chavez et implantés directement dans les quartiers, à qui une place centrale est accordée dans le texte de loi. Pour lutter contre cette « tentative d’endoctrinement bolivarien », la résistance appelle aux manifestations, réalise des brochures d’informations, fournit des conseils au corps éducatif. Des directeurs d’université, dont le directeur de l’Université centrale de Caracas, affirment avoir décidé de ne pas appliquer la loi sur l’éducation.
Cette loi, adoptée en dix heures à la veille des vacances scolaires survient en parallèle à la fermeture d’un total non négligeable de 63 médias privés, connus pour leur opposition au gouvernement vénézuélien. Par son attitude autoritaire ainsi que sa volonté tenace de poursuivre sa révolution bolivarienne, le président H. Chavez incite à un très fort scepticisme auprès des populations élitistes du Venezuela et auprès des pays occidentaux quant à sa simple volonté affichée de démocratisation de la presse et d’amélioration du niveau d’éducation de la population. Ces classes ont toujours été extrêmement sensible à toute impulsion plus sociale de la politique. Malgré tout, la controverse suscitée par ces faits d’actualité constitue une continuité dans la polarisation politique entre l’opposition et la majorité, ainsi que le climat conflictuel existant depuis l’arrivée démocratique du président Chavez au pouvoir. L’éclatement des groupes anti-chavistes et leur opposition systématique à toute réforme diminue la portée de leur message et permet de questionner la viabilité de leur stratégie contre la politique du gouvernement.
Isabelle Le Guay
Tout le monde le sait, le président Chavez est un provocateur sur la scène internationale, notamment dès qu’il s’agit des États-Unis. Son statut de président démocratiquement élu et l’influence qu’il exerce sur l’UNASUR gène les Américains. Pour les États-Unis, laisser Chavez mener sa révolution bolivarienne reviendrait à perdre peu à peu le reste d’influence qu’ils ont sur le continent sud-américain. Aux vues des enjeux économiques que ce continent représente aux États-Unis, cela est tout simplement impossible.Ces derniers ont d’ailleurs pour objectif officiel de renforcer leur position auprès des pays membres de l’UNASUR.
La processus de reconquête du continent est classique et passe par un renforcement des relations politiques, diplomatiques et économiques avec leurs derniers partisans (Pérou, Colombie, Panama, etc) tout en diminuant l’influence des opposants (Vénézuela, Équateur, etc).
Les moyens mis en place pour la réalisation de ce processus sont multiples. Nous allons nous intéresser à la partie offensive de ce plan et plus particulièrement à la recherche de la diminution d’influence du président Hugo Chavez. Il n’est pas question ici de donner une opinion et de répondre si le « camarade » Chavez est une victime ou un tyran, mais de se fonder sur des faits pour réaliser l’évolution de son image dans le temps.
Depuis le début de son premier mandat, Chavez joue lui-même avec sa propre image. Pour illustrer son combat pour cette révolution bolivarienne qu’il mène sans relâche, il n’hésite pas à porter, lors de ses diverses allocutions, des tenues militaires. Il sait pertinemment que pour les occidentaux la première interprétation d’un président qui s’habille militairement est celle d’un féroce dictateur (Hitler, Staline, etc..), voire d’un socialo-communiste (Mao, Fidel Castro,etc..). Grâce à ses diverses provocations, il attire l’attention, accroit ses alliances et crée un symbole susceptible de fédérer et de se propager à d’autres pays du continent.
L’objectif des anti-chavez est de rendre ce symbole douteux. Dès sa première élection, la Colombie et les États-Unis l’ont accusé d’être un guérillero qui avait combattu le Vénézuela. Par la suite, la CIA a cultivé cette image de dictateur qui combat « l’impérialisme américain » (exemple d’un homme d’Eglise du Honduras qui dit préférer ce coup- d’état à la menace idéologique que représente Chavez au Honduras). Dernièrement on l’a accusé d’être un vendeur d’armes pour le narcotraffic et de soutenir ainsi l’activité des FARC en Colombie. Enfin, après une tournée en Amérique latine ayant pour but de contrer l’influence grandissante de l’Iran dans la région, Israël accuse Hugo Chavez d’héberger des cellules du hezbollah au Vénézuela. Cette manipulation de l’image de Chavez, faite aussi bien par lui-même que par la CIA, permet d’en comprendre une double utilisation : offensive et défensive.
L’usage offensif de la manipulation est utilisé par les anti-Chavez pour légitimer une éventuelle intervention ou tout simplement pour agir sur l’opinion publique pour qu’elle soit contre le président, et plus précisément contre l’image menaçante qu’il incarne. L’usage défensif de la manipulation de son image est souvent utilisée par Chavez lui même afin de dénoncer ou de désamorcer sur la scène internationale, toutes les tentatives d’influences provenant essentiellement des États-Unis.
La complexité du personnage de Chavez rend ainsi une prise de position neutre quasi-impossible. De même la plupart du temps, la tendance politique d’une personne suffit pour se focaliser sur l’une ou l’autre image de Chavez en oubliant totalement que ce personnage évolue dans un continent aux fonctionnements différents des leurs et aux différences culturelles marquées.
Deux citations résument bien cet article :
« Un spectre hante l’Amérique latine » (citation reformulé par les américains, tiré de la première phrase du Manifeste du Parti communiste de Karl Marx et Friedrich Engels : « Un spectre [le communisme] hante l’Europe »)
ou
« Laissez les chiens de l’empire aboyer, c’est leur travail. Le nôtre, c’est de se battre pour achever la véritable libération de notre peuple » citation d’Hugo Chavez.
Article écrit par : Serge Sedille
Suite à l’accord de principe conclu entre Washington et Bogota, les présidents vénézuélien et équatorien, Chavez et Correa se sont farouchement opposés au probable renforcement de la présence militaire américaine sur le territoire colombien, craignant une « vietnamisation » du conflit interne de lutte antidrogue. Leurs homologues du Chili, du Brésil et de l’Argentine expriment quant à eux leur préoccupation vis-à-vis d’un éventuel débordement des opérations militaires antidrogue hors du territoire colombien.
Pour comprendre le contexte actuel, il faut remonter au début de 2008, lorsque R. Correa, décide de ne pas renouveler le bail de 10 ans accordé aux Américains sur l’utilisation d’une base militaire destinée à lutter contre le trafic de drogue. Décision confortée par l’inscription en septembre 2008 dans la constitution équatorienne de l’interdiction de toute présence militaire étrangère permanente sur le sol national, et plus récemment, par une volonté affichée de radicalisation de la « révolution citoyenne ». Contraints de quitter le pays en juillet 2009, Washington exprime son mécontentement quant à la décision de Quito. Outre l’interception de 16 000 tonnes de drogue permise par leur présence, ces trois postes avancés, composés de 300 militaires américains auraient également permis, selon RFI, le développement économique de la région par une participation financière et sociale. Il semblerait pourtant que l’impact économique ait eu lieu durant la construction de la base. La recherche d’un autre partenaire s’accélère dès lors pour Washington.
En position de faiblesse par rapport aux Américains, la Colombie cède donc rapidement sur un accord de principe octroyant sept points de chute aux forces militaires américaines du SOUTHCOM, commandement militaire pour l’Amérique du Sud. S’en suit une réaction virulente de Caracas, qui déclare le gel des relations diplomatiques avec la Colombie, ainsi que l’avertissement sur les conséquences militaires de cette décision, considérée comme un casus belli. Rigoureusement anti-libéral, H. Chavez, autoproclamé leader de la gauche radicale latino-américaine ne partage pas les choix du président colombien, A. Uribe, qui menace l’indépendance de la région. Ce dernier, qui a brillé par son absence au sommet de l’UNASUR le 10 août, a obtenu des résultats mitigés lors de sa tournée latino-américaine excluant l’Equateur et le Venezuela. Au contraire, il bénéficie à présent de l’appui de ses homologues équatorien, brésilien et argentin. Les pays membres de l’UNASUR se rencontreront le 28 août prochain à Buenos Aires, lors d’une session extraordinaire, pour définir les impacts d’un tel projet colombien et aboutir à un consensus général. Il apparaît cependant clairement que ceux-ci considèrent pour l’instant la non-participation de la Colombie au sommet comme une attitude d’auto-marginalisation et d’auto-exclusion.
Toujours égal à lui-même, Chavez n’en en est pas à son premier coup de théâtre avec le rappel de son ambassadeur et les menaces envers son homologue colombien de recourir à la force. Depuis son élection en 1998, Chavez a toujours annoncé préférer les représailles économiques aux armes : « L’une des plus grandes ambitions de ma vie, c’est d’éviter la guerre. Le Venezuela est prêt à chercher avec la Colombie une sortie politique pour la paix, je le jure devant le monde entier ». En l’occurrence, celui-ci a opté pour l’arrêt des importations d’automobiles colombiennes, la recommandation à son peuple de boycotter les produits colombiens et dernièrement l’annulation des tarifs préférentiels sur les ventes de carburants. Les conséquences pourraient s’annoncer dramatiques pour la Colombie étant donné les fortes relations commerciales entretenues par ces deux pays. La réaction agressive de Chavez est surprenante lorsque l’on sait que la nouvelle a été annoncée le 15 juillet par Bogota. Chavez tenterait-il de créer un séisme en Amérique du sud pour mieux s’affirmer au sein de l’UNASUR ? Le doute reste possible, étant donné la synchronisation idéale avec le sommet de l’UNASUR du 11 août dernier.
Ecartelé entre deux modèles idéologiques, A. Uribe, devra prochainement trancher entre une intégration économique latino-américaine et sa dépendance militaire et financière avec les Etats-Unis. Au-delà des relations vénézuélo-colombienne, il semblerait qu’A. Uribe se retrouve pour la première fois dans une position critique impliquant autant de pays d’Amérique latine. Il lui faudra limiter les faux pas diplomatiques à défaut de conserver les relations intactes. « Je pense que tout cela va se régler avec beaucoup de discussions, de débats, en se disant des vérités. Les gens vont devoir écouter des choses qui ne leur plaisent pas », estime Lula. La mission se révèle difficile étant donné l’incompatibilité apparente entre les deux projets.
Isabelle Le Guay
Le Président Vénézuelien, Hugo Chávez, a annoncé aujourd’hui qu’il achètera entre deux et trois bataillons de tanks à la Russie, pendant que ses voisins Colombiens ont autorisé l’installation de sept bases militaires aux USA sur leur sol.
« Hier soir, j’ai parlé avec le premier ministre Vladimir Poutine, et le Venezuela a décidé d’acheter des tanks de haute technologie » a annoncé Chavez, qui se déplacera le mois prochain en Russie.
L’acquisition de ces tanks russes dotés de vision nocturne, a pour objectif officiel de renforcer le système de défense du Vénézuela. Des radar antiaériens ont également été achetés par les Vénézueliens aux Chinois.
Les relations entre la Colombie et le Vénézuela sont déjà au rouge, et cela risque d’empirer. Le troisième sommet de l’Unasur de Quito pourrait apporter des solutions à cette tension.
Retenons que le Vénézuela s’est tourné vers la Russie et la Chine comme réponse stratégique aux états unis. Rendez vous le 10 août pour voir quelle tournure prendra cette tension et quelles solutions proposera l’UNASUR.
Serge Sedille
Le Venezuela pourrait porter un coup dur à l’économie colombienne en supprimant ses importations en provenance de son voisin, comme l’envisage son président Hugo Chavez. Mais il devra rapidement trouver d’autres fournisseurs pour éviter des pénuries.
«Nous allons remplacer toutes ces importations», a déclaré mercredi M. Chavez, qui avait déjà annoncé le gel de ses relations avec Bogota une semaine plus tôt pour protester contre un projet d’accord militaire américano-colombien prévoyant la mise à disposition de sept bases aux troupes des États-Unis.
Dans la foulée, le dirigeant vénézuélien a annulé un accord passé en avril avec son homologue colombien Alvaro Uribe, prévoyant l’importation de 10000 voitures.
Le gel du commerce bilatéral constitue une menace de taille pour Bogota, qui a exporté pour 6 milliards de dollars l’an dernier chez son voisin. Le Venezuela représente ainsi son deuxième partenaire commercial derrière les États-Unis.
«Toute la viande colombienne d’exportation est destinée au Venezuela. Pratiquement 80% des exportations de cuir, d’automobiles, de pièces détachées, de produits manufacturés et de textiles partent au Venezuela», détaille Gustavo Marquez, ambassadeur du Venezuela à Bogota jusqu’à son rappel par M. Chavez la semaine dernière.
«À l’inverse, c’est beaucoup plus facile pour le Venezuela, qui est avant tout un pays importateur, de s’adapter à cette réalité,» a-t-il ajouté au micro de la radio RNV.
Le ministre colombien du Commerce, Luis Guillermo Plata, assure cependant que son pays ne sera pas le seul pénalisé.
«Ce n’est pas facile pour la Colombie de chercher d’autres marchés, mais ce ne sera pas facile non plus pour le Venezuela de trouver de nouveaux fournisseurs du jour au lendemain», a-t-il déclaré récemment.
D’autant que le premier exportateur latino-américain de pétrole importe la plupart de ses denrées de base et souffre de pénuries récurrentes, de riz, de sucre, lait ou café.
Pour éviter une rupture d’approvisionnement, M. Chavez a indiqué mercredi qu’il envisageait de se tourner vers des pays «amis» comme le Brésil, qui produit «plus que la Colombie et parfois moins cher», et l’Argentine, pour s’approvisionner en viande, lait ou voitures.
Jeudi, les ministres vénézuéliens de l’Agriculture, de l’Alimentation et du commerce ont d’ailleurs voyagé à Buenos Aires pour négocier une hausse des achats en provenance de ce pays, qui est l’un des premiers exportateurs de céréales au monde. La présidente argentine Cristina Kirchner doit quant à elle se rendre mardi à Caracas avec une délégation d’entrepreneurs.
«C’est un pays plus sûr, un véritable allié. Il ne lance pas d’accusations malveillantes contre nous pour justifier une politique à la solde de l’empire yankee (américain)», a souligné le président vénézuélien.
Une allusion aux accusations de Bogota sur de présumées livraisons de lance-roquettes de l’armée vénézuélienne à la guérilla marxiste des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), destinées selon M. Chavez à détourner l’attention du projet d’accord militaire américano-colombien.
Auteur : http://www.cyberpresse.ca/
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