Catégorie: Colombie

Retour sur le projet colombien sur fond d’intégration régionale

chavez_uribeSuite à l’accord de principe conclu entre Washington et Bogota, les présidents vénézuélien et équatorien, Chavez et Correa se sont farouchement opposés au probable renforcement de la présence militaire américaine sur le territoire colombien, craignant une « vietnamisation » du conflit interne de lutte antidrogue. Leurs homologues du Chili, du Brésil et de l’Argentine expriment quant à eux leur préoccupation vis-à-vis d’un éventuel débordement des opérations militaires antidrogue hors du territoire colombien.

Pour comprendre le contexte actuel, il faut remonter au début de 2008, lorsque R. Correa, décide de ne pas renouveler le bail de 10 ans accordé aux Américains sur l’utilisation d’une base militaire destinée à lutter contre le trafic de drogue. Décision confortée par l’inscription en septembre 2008 dans la constitution équatorienne de l’interdiction de toute présence militaire étrangère permanente sur le sol national, et plus récemment, par une volonté affichée de radicalisation de la « révolution citoyenne ». Contraints de quitter le pays en juillet 2009, Washington exprime son mécontentement quant à la décision de Quito. Outre l’interception de 16 000 tonnes de drogue permise par leur présence, ces trois postes avancés, composés de 300 militaires américains auraient également permis, selon RFI, le développement économique de la région par une participation financière et sociale. Il semblerait pourtant que l’impact économique ait eu lieu durant la construction de la base. La recherche d’un autre partenaire s’accélère dès lors pour Washington.

En position de faiblesse par rapport aux Américains, la Colombie cède donc rapidement sur un accord de principe octroyant sept points de chute aux forces militaires américaines du SOUTHCOM, commandement militaire pour l’Amérique du Sud. S’en suit une réaction virulente de Caracas, qui déclare le gel des relations diplomatiques avec la Colombie, ainsi que l’avertissement sur les conséquences militaires de cette décision, considérée comme un casus belli. Rigoureusement anti-libéral, H. Chavez, autoproclamé leader de la gauche radicale latino-américaine ne partage pas les choix du président colombien, A. Uribe, qui menace l’indépendance de la région. Ce dernier, qui a brillé par son absence au sommet de l’UNASUR le 10 août, a obtenu des résultats mitigés lors de sa tournée latino-américaine excluant l’Equateur et le Venezuela. Au contraire, il bénéficie à présent de l’appui de ses homologues équatorien, brésilien et argentin. Les pays membres de l’UNASUR se rencontreront le 28 août prochain à Buenos Aires, lors d’une session extraordinaire, pour définir les impacts d’un tel projet colombien et aboutir à un consensus général. Il apparaît cependant clairement que ceux-ci considèrent pour l’instant la non-participation de la Colombie au sommet comme une attitude d’auto-marginalisation et d’auto-exclusion.

Toujours égal à lui-même, Chavez n’en en est pas à son premier coup de théâtre avec le rappel de son ambassadeur et les menaces envers son homologue colombien de recourir à la force. Depuis son élection en 1998, Chavez a toujours annoncé préférer les représailles économiques aux armes : « L’une des plus grandes ambitions de ma vie, c’est d’éviter la guerre. Le Venezuela est prêt à chercher avec la Colombie une sortie politique pour la paix, je le jure devant le monde entier ». En l’occurrence, celui-ci a opté pour l’arrêt des importations d’automobiles colombiennes, la recommandation à son peuple de boycotter les produits colombiens et dernièrement l’annulation des tarifs préférentiels sur les ventes de carburants. Les conséquences pourraient s’annoncer dramatiques pour la Colombie étant donné les fortes relations commerciales entretenues par ces deux pays. La réaction agressive de Chavez est surprenante lorsque l’on sait que la nouvelle a été annoncée le 15 juillet par Bogota. Chavez tenterait-il de créer un séisme en Amérique du sud pour mieux s’affirmer au sein de l’UNASUR ? Le doute reste possible, étant donné la synchronisation idéale avec le sommet de l’UNASUR du 11 août dernier.

Ecartelé entre deux modèles idéologiques, A. Uribe, devra prochainement  trancher  entre une intégration économique latino-américaine et sa dépendance militaire et financière avec les Etats-Unis. Au-delà des relations vénézuélo-colombienne, il semblerait qu’A. Uribe se retrouve pour la première fois dans une position critique impliquant autant de pays d’Amérique latine. Il  lui faudra limiter les faux pas diplomatiques à défaut de conserver les relations intactes. « Je pense que tout cela va se régler avec beaucoup de discussions, de débats, en se disant des vérités. Les gens vont devoir écouter des choses qui ne leur plaisent pas », estime Lula. La mission se révèle difficile étant donné l’incompatibilité apparente entre les deux projets.

Isabelle Le Guay

USA/COLOMBIE : La stratégie de Chavez

Chavez Le Venezuela pourrait porter un coup dur à l’économie colombienne en supprimant ses importations en provenance de son voisin, comme l’envisage son président Hugo Chavez. Mais il devra rapidement trouver d’autres fournisseurs pour éviter des pénuries.

«Nous allons remplacer toutes ces importations», a déclaré mercredi M. Chavez, qui avait déjà annoncé le gel de ses relations avec Bogota une semaine plus tôt pour protester contre un projet d’accord militaire américano-colombien prévoyant la mise à disposition de sept bases aux troupes des États-Unis.

Dans la foulée, le dirigeant vénézuélien a annulé un accord passé en avril avec son homologue colombien Alvaro Uribe, prévoyant l’importation de 10000 voitures.

Le gel du commerce bilatéral constitue une menace de taille pour Bogota, qui a exporté pour 6 milliards de dollars l’an dernier chez son voisin. Le Venezuela représente ainsi son deuxième partenaire commercial derrière les États-Unis.

«Toute la viande colombienne d’exportation est destinée au Venezuela. Pratiquement 80% des exportations de cuir, d’automobiles, de pièces détachées, de produits manufacturés et de textiles partent au Venezuela», détaille Gustavo Marquez, ambassadeur du Venezuela à Bogota jusqu’à son rappel par M. Chavez la semaine dernière.

«À l’inverse, c’est beaucoup plus facile pour le Venezuela, qui est avant tout un pays importateur, de s’adapter à cette réalité,» a-t-il ajouté au micro de la radio RNV.

Le ministre colombien du Commerce, Luis Guillermo Plata, assure cependant que son pays ne sera pas le seul pénalisé.

«Ce n’est pas facile pour la Colombie de chercher d’autres marchés, mais ce ne sera pas facile non plus pour le Venezuela de trouver de nouveaux fournisseurs du jour au lendemain», a-t-il déclaré récemment.

D’autant que le premier exportateur latino-américain de pétrole importe la plupart de ses denrées de base et souffre de pénuries récurrentes, de riz, de sucre, lait ou café.

Pour éviter une rupture d’approvisionnement, M. Chavez a indiqué mercredi qu’il envisageait de se tourner vers des pays «amis» comme le Brésil, qui produit «plus que la Colombie et parfois moins cher», et l’Argentine, pour s’approvisionner en viande, lait ou voitures.

Jeudi, les ministres vénézuéliens de l’Agriculture, de l’Alimentation et du commerce ont d’ailleurs voyagé à Buenos Aires pour négocier une hausse des achats en provenance de ce pays, qui est l’un des premiers exportateurs de céréales au monde. La présidente argentine Cristina Kirchner doit quant à elle se rendre mardi à Caracas avec une délégation d’entrepreneurs.

«C’est un pays plus sûr, un véritable allié. Il ne lance pas d’accusations malveillantes contre nous pour justifier une politique à la solde de l’empire yankee (américain)», a souligné le président vénézuélien.

Une allusion aux accusations de Bogota sur de présumées livraisons de lance-roquettes de l’armée vénézuélienne à la guérilla marxiste des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), destinées selon M. Chavez à détourner l’attention du projet d’accord militaire américano-colombien.

Auteur :  http://www.cyberpresse.ca/

USA/Colombie: coopération militaire sous haute tension

Colombia UNASUREntre le très sécuritaire président colombien Alvaro Uribe et les chantres de la gauche « bolivarienne », ses homologues vénézuélien et équatorien Hugo Chavez et Rafael Correa, les relations n’ont jamais été faciles. Elles viennent à nouveau de virer au rouge.

En confirmant, mi-juillet, le renforcement de sa coopération militaire avec Washington, Bogota a mis le feu aux poudres. Les Etats-Unis vont être autorisés à utiliser cinq bases militaires en territoire colombien. Officiellement, l’accord a pour seul objet la lutte interne contre le terrorisme et le narcotrafic. Mais ses dispositions, négociées secrètement, n’ont fait l’objet d’aucun débat public, et sa portée n’a pas été clairement précisée. L’accord a été très mal reçu à Caracas. Considérant que le renforcement de la présence américaine « sur le flanc gauche du Venezuela » constitue une menace à la sécurité régionale, M. Chavez a, pour la troisième fois en trois ans, « gelé » les relations diplomatiques avec la Colombie et rappelé son ambassadeur en poste à Bogota. Le gouvernement brésilien a immédiatement offert sa médiation.

« Moi, je n’aime pas l’idée d’une nouvelle base américaine en Colombie », a toutefois déclaré Ignacio Lula da Silva, jeudi 30 juillet. Le président brésilien a souligné qu’il s’agissait d’une « opinion personnelle » et qu’il ne souhaitait pas « créer un conflit avec Uribe ni avec les Etats-Unis ». La présidente chilienne, Michel Bachelet, en visite officielle au Brésil, a soutenu le point de vue brésilien et confirmé que le sujet des bases militaires américaines serait débattu lors du prochain sommet d’Unasur, qui doit se tenir le 10 août à Quito.

Mais Bogota a fait savoir, vendredi, que ni le président colombien ni son ministre des relations extérieures, Jaime Bermudez, n’assisteront au sommet d’Unasur. « La Colombie n’agresse pas la communauté internationale. La Colombie est un pays respectueux des lois. Notre grand problème est le terrorisme interne. C’est la raison de notre lutte », a déclaré le président Uribe pour justifier son absence.

Engagé dans une lutte sans merci contre les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), Bogota soupçonne ses voisins équatorien et vénézuélien de complicité avec l’organisation armée inscrite sur la liste des organisations terroristes. Quito et Caracas démentent. La récente révélation par les autorités colombiennes d’une vidéo où un chef des FARC semble admettre que la guérilla a contribué au financement de la campagne électorale de M. Correa a ravivé la tension bilatérale. En mars 2008, l’Equateur avait rompu ses relations diplomatiques avec la Colombie, pour protester contre une incursion de l’armée colombienne sur son territoire. Elles n’ont jamais été rétablies et ne semblent pas près de l’être.

DÉSÉQUILIBRE COMMERCIAL

L’affaire des lance-roquettes est venue envenimer les relations avec Caracas. L’armée colombienne a annoncé avoir saisi, en octobre 2008, trois lance-roquettes anti-tanks AT4 dans un campement des FARC. Ces armes, de fabrication suédoise, avaient été vendues au Venezuela vingt ans plus tôt. Bogota dit avoir demandé « discrètement » des explications à Caracas, le 2 juin. Un rapport sur les négociations engagées entre les FARC et trois hauts fonctionnaires vénézuéliens aurait été remis au gouvernement vénézuélien. Sans effet. Washington semble décidé à garder ses distances sur cette dernière affaire. « Ce n’est pas vraiment notre problème », a déclaré, jeudi,Ian Kelly, porte-parole du secrétariat d’Etat. Et de préciser : « Nous souhaiterions inciter les deux gouvernements à résoudre le différend par la voie du dialogue. »

Le secrétaire de l’Organisation des Etats américains (OEA), Miguel Insulza, a lui aussi formulé un appel au dialogue et à l’esprit de conciliation, en demandant aux parties d’éviter « toute mesure susceptible d’affecter les gens ». M. Insulza faisait référence aux relations économiques entre la Colombie et le Venezuela. Le commerce entre les deux pays a atteint 7,3 milliards de dollars (5 milliards d’euros) en 2008 ; la Colombie ayant vendu pour plus de 6 milliards de dollars à son voisin pétrolier. En annonçant le gel des relations diplomatiques, M. Chavez a évoqué la nationalisation d’entreprises colombiennes et une politique de substitution d’importations.

Caracas a par ailleurs annoncé un renforcement de sa coopération militaire avec la Russie et l’achat de nouveaux tanks de combat. « Nous, nous n’avons jamais protesté pour les accords signés entre Caracas et Moscou », a pointé le ministre des relations extérieures colombien.

Article Le Monde.

Marie Delcas


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