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Implantation d’industrie française au Chili :

Quartier des affaires de Santiago, Chili.

Quartier des affaires de Santiago, Chili.


Le Chili n’est pas uniquement une terre de tourisme pour découvrir la Patagonie ou les vignobles. C’est un pays dynamique où les affaires sont prospères et  où la sécurité y règne bien plus que dans tout autre pays sud américain. C’est le 3ème marché prioritaire de la France en terme de commerce extérieur avec l’Amérique Latine après le Brésil et le Mexique.

L’une des forces du Chili reste sa position géographique. Idéalement situé à quelques heures du Brésil, le Chili dispose surtout d’une ouverture vers l’Asie.

C’est en cela qu’il constitue l’une des meilleures portes d’entrée de l’Amérique Latine.

Avec ses 17 millions d’habitants, le Chili est donc un véritable Eldorado pour des entrepreneurs ambitieux prêts à vivre une grande aventure.

Eco-tourisme

Pour s’y implanter il faut être décidé à apporter quelque chose de nouveau, combler des besoins, et en cela de nombre de secteurs y sont parfaitement abordables. Le plus accessible de ces secteurs demeure bien sûr celui du tourisme dans lequel de formidables opportunités restent à exploiter. Par ailleurs le Chili s’oriente de plus en plus vers les énergies renouvelables. Aussi, tout projet d’éco-tourisme  y prendrait  facilement forme et recevrait un accueil très favorable.

Energies

Le Chili reste très fortement dépendant de ses mines de cuivre depuis de nombreuses années mais se veut dynamique au niveau des énergies.  Sur ce sujet, le pays est en train de changer sa vision des choses et un développement du nucléaire semble devoir s’imposer comme une évidence. Le nouveau gouvernement du président Sebastián Piñera accélère d’ailleurs les négociations sur cette filière. Quand aux énergies renouvelables, et notamment le solaire, elles sont d’une importance capitale et représentent également l’avenir bien qu’un manque d’incitations fiscales à ce jour en ralentissent l’essor. Cependant, la finalisation d’éventuels partenariats avec l’Argentine pourraient doper le développement de ces énergies renouvelables.

Sur le plan énergétique et environnement le pays est membre de l’OCDE. On peut donc s’attendre à beaucoup de progrès et d’initiatives puisque certains standards d’ordre environnementaux sont incontournables.

Services aux collectivités

Dans le domaine du service aux collectivités de nombreuses actions sont encore à mener bien qu’il faille signaler, le rapprochement entre l’Association des Maires de France et l’Association des Maires du Chili. Cet accord fournit un modèle rassemblant les communes afin de mutualiser leurs services (transports publics, environnement, traitement des eaux et des ordures ménagères, voieries, éclairage…). Beaucoup de négociation pour ces projets  entre entreprises chiliennes et françaises sont en cours dans les grandes métropoles.

Mais en tant que français ne faudrait il pas exporter notre meilleur savoir faire ?

La french-food connue du monde entier, est renommée et appréciée. De plus en plus, de nombreux rapprochements apparaissent pour « associer » tous les produits chiliens comme la viande, les poissons, les fruits… au savoir-faire de la cuisine française.

Ainsi l’industrie agroalimentaire française dispose là d’un marché très dynamique dans lequel elle peut apporter tous les bénéfices de son expertise technologique.

C’est en ce sens que des PME de l’hexagone, fortes de leurs avantages concurrentiels dans tous les aspects de l’univers « supply chain », devraient réfléchir aux opportunités d’implantation au Chili ouvrant une porte sur 80 pays partenaires notamment asiatiques via l’APEC. Un accompagnement sur place reste vivement recommandé mais reste un investissement rentable compte tenu des enjeux.

Les secteurs plus traditionnels

Il y a enfin des secteurs plus traditionnels comme les mines, l’agriculture, la santé, la pêche et les travaux touchant au bois. C’est dans certaines de ces niches que des entreprises françaises peuvent tirer les bénéfices de leurs expériences et de leurs expertises en apportant toute leur plus value sur les thèmes que sont la productivité,  les réductions de coûts,  les aspects de l’amélioration continue et de la qualité.

L’heure est venue d’être ambitieux et de se lancer !

Malgré sa position géographique, sa petite taille et sa forme tout en longueur le marché se présente comme une cible très attrayante pour les entrepreneurs ou les PME souhaitant s’y installer. Pour certains l’avantage vient du statut fiscal, pour d’autres c’est de pouvoir bénéficier d’une porte d’entrée offrant à terme des perspectives sur l’Argentine, le Brésil… ou encore la Chine et bien d’ autres pays asiatiques.

En outre, nous pouvons attribuer au Chili tout un ensemble de points positifs comme sa sécurité économique générale, sa sécurité des investissements et sa sécurité juridique. Ce pays est également très apprécié des étrangers qui y résident à présent. Un pays, avec des villes de taille humaine où l’on peut parfaitement vivre en famille. Un pays qui partage ses terres entre mer et montagne, qui a su et sait toujours respecter l’environnement.

Alors comment ne pas se laisser tenter et oser l’aventure !

Sydney Court {sydney.court.ege@gmail.com},

Membre de l’équipe Unasur.fr.

Bataille pour le Pacifique entre la Bolivie et le Chili

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Frontières de Bolivie, du Pérou, du Chili et d’Argentine avant et après la guerre du Pacifique (1879).Les hachures vertes représentent les territoires perdus par la Bolivie en 1879.

Le 24 mars dernier, E. Morales annonçait la création d’une direction générale chargée de la stratégie maritime au sein de l’Etat bolivien. Cette annonce, faite au cours de « la journée de la mer », a de quoi sembler anodine, sauf si l’on se rappelle que la Bolivie n’a pas de façade littorale et que c’est là que se trouve la source de ses problèmes.

L’accès à l’Océan Pacifique se révèle ainsi vital pour la Bolivie et ce en dehors de toute considération de prestige international. La pêche est souvent indiquée comme la première raison de cette volonté d’accès à l’océan. En effet si l’on regarde la qualité des eaux bordières de l’Amérique Latine dans le voisinage de la Bolivie, l’exploitation des ressources halieutiques représente une importante source de richesses. Le Pérou et le Chili sont ainsi parmi les premiers pays de pêche commerciale du monde, respectivement à la 2e et à la 6e place mondiale. L’Océan Pacifique lui-même est la première zone de pêche avec environ 60% des prises. Dans un contexte de tension croissante sur les prix des matières premières alimentaires, blé, riz ou maïs notamment, il est certain qu’une diversification des ressources du pays dans un secteur en forte demande est un avantage indéniable. Toutefois, selon nous, c’est ailleurs qu’il faut chercher la raison principale de cette bataille diplomatico-juridique.

La richesse en matières premières de la Bolivie, hydrocarbures comme métaux, se heurte en effet à sa position géographique extrêmement enclavée. En conflit plus ou moins larvé avec ses voisins, la Bolivie se trouve obligée de faire appel à ceux-ci pour l’exportation de ses ressources. Tout d’abord les immenses richesses du pays en lithium, déterminant pour le futur de l’industrie automobile, sont un atout non négligeable pour un pays en quête d’indépendance économique et diplomatique. Les bonnes relations entre la Bolivie et la Chine poussent d’autant plus à la recherche d’une plateforme logistique portuaire d’exportation que l’extraction du lithium bolivien se ferait en partenariat avec des entreprises chinoises. L’obtention d’une bande littorale suffisante pour y construire les infrastructures portuaires nécessaires est d’autant plus urgente qu’actuellement la Bolivie se repose sur la bonne volonté du Pérou qui lui offre un accès privilégié à ses ports du Sud. Toutefois l’élection présidentielle en cours à Lima, selon les résultats qu’elle donnera, pourrait changer, en pire, la situation bolivienne.

En outre l’exemple péruvien en matière gazière – Repsol est en train de construire un terminal de liquéfaction GNL au sud de Lima – qui ouvre au pays l’opportunité d’exporter son gaz vers les marchés en forte demande de l’Asie-Pacifique, donne des idées au gouvernement Morales. La situation du gaz bolivien est en effet assez préoccupante puisque les réserves exploitables ne cessent de diminuer faute d’investissements financiers et technologiques conséquents. L’obtention d’un accès maritime stable qui permettrait l’exportation du gaz, attirerait sans doute des entreprises étrangères qui y trouveraient sans doute plus d’intérêts que dans la situation présente.

De la part d’un président qui est aussi, il faut le rappeler, un ancien mineur, cette préoccupation de la rentabilité du secteur des matières premières se comprend. Il faut aussi voir qu’outre ce secteur, l’économie bolivienne est quasi-inexistante. Barré par les Andes et les forêts profondes, le pays est l’un des plus pauvres d’Amérique Latine avec une absence totale d’industries et une agriculture faible, malheureusement dominée par la coca. Avec une croissance de 4%, relativement faible étant donné la position du pays comme leader absolu sur le marché du lithium et son importance comme pays minier, la Bolivie doit rapidement trouver des solutions pour réduire sa dépendance envers ses voisins immédiats.

Dans un pays perpétuellement au bord du chaos social, les développements économiques prennent une importance certaine qui pourrait permettre à E. Morales de récupérer quelques points de satisfaction. La décision de confier la nouvelle entité étatique chargé de la stratégie maritime de la Bolivie au Ministre de la Défense et les déclarations belliqueuses d’E. Morales doivent ainsi plus se lire dans une perspective nationale que dans une volonté internationale de dégrader un peu plus les relations bolivo-chiliennes.

Du côté chilien, les problèmes suscités par le manque de gaz dans le nord du pays et le refus bolivien d’en vendre ont enfin été résolus par la création du terminal de regazéification GNL de Mejillones. Toutefois étant donné tant le coût du projet que les problèmes que ce manque d’énergie ont causé au secteur minier chilien – la plupart des mines de cuivre se trouvent dans le Nord – il serait extrêmement peu probable que le gouvernement Pinera fasse quoi que ce soit pour faciliter la tache d’E. Morales, bien au contraire.

La Bolivie souhaite donc déposer un recours juridique devant « les instance internationales » afin de récupérer la bande littorale perdue au début du XXe siècle (1904) suite à la Guerre du Pacifique perdue à la fin du XIXe contre le Chili (1879-1884). Quelle juridiction pourra se déclarer compétente pour trancher un tel litige ? mystère. Il y a en effet peu de chances que la Bolivie trouve une quelconque institution internationale qui accepte de s’occuper du problème tant celui-ci pourrait se révéler porteur de problèmes. En effet, si cette affaire connait une suite juridique, comment ne pas imaginer que certains Etats d’Afrique ne demandent pas une révision du traité de Berlin qui a fixé – grosso modo – les frontières que nous connaissons aujourd’hui ? Jusqu’à quand pourra-t-on remonter dans le temps ? La Hongrie obtiendra-t-elle l’annulation du traité de Trianon qui reste un des leitmotiv de ses nationalistes, actuellement au pouvoir ? Les exemples sont presque infinis.

Au-delà des demandes quelque peu farfelues d’E. Morales, il faut surtout voir dans cette histoire que les pays riches en matières premières sont aussi dépendants de leur propre situation géographique – ainsi que de toute une chaine de valeur incluant logistique et infrastructures – pour réussir à en dégager véritablement de la richesse, au risque de finir comme Crésus, isolés sur leur tas d’or.

Nicolas Mazzucchi

Equipe Unasur.fr