Catégorie: Politique
Alors que l’Amérique du Sud fait figure de nouvel eldorado, les gouvernements se dotent de mesures destinées à protéger leurs économies de l’invasion de produits étrangers.
L’Amérique du Sud, sans être épargnée, semble résister à la crise. Sacrée sixième économie mondiale en 2010, devant le Royaume Uni, avec 7,5% de croissance et 3% en 2011, le pays, à l’image du continent, fait de plus en plus figure de nouvel eldorado. Selon le ministère Brésilien de la Justice, le nombre de cartes de séjour délivrées a bondi de 67% entre 2009 et 2010 et la tendance s’est encore accélérée cette année. Si les Portugais sont en tête des arrivants, aidés par la langue, suivis par les Boliviens, les Chinois, les Paraguayens et les Coréens, les autres ressortissants européens se bousculent.
De son coté, l’Argentine a bénéficié en 2011 d’une croissance de son PIB de 8.3% à peine inférieure à celle de la Chine et un niveau de chômage passé de 23% en 2002, à 7% aujourd’hui.
En 2009, le président Luiz Inacio Lula da Silva avait affirmé que « le protectionnisme agit comme une drogue, il offre un soulagement immédiat mais place ensuite sa victime dans une dépression prolongée. » Pourtant, plus de deux ans et demi plus tard, les gouvernements d’Amérique du Sud multiplient les tentatives pour ralentir le flot des importations. Face à la crise financière et à un afflux de produits bon marché, certains d’entre eux ont accéléré, la mise en place de nouveaux tarifs douaniers dans le but de protéger l’emploi et la production locale. Pour Guido Mantega, le ministre brésilien des finances, ces mesures sont destinées à construire « une meilleure union » pour se défendre contre « ces invasions de produits provenant de l’extérieur ».
Ainsi, les 20 et 21 décembre, à Montevideo, les pays fondateurs du Mercosur, (l’Argentine, le Brésil, le Paraguay, L’Uruguay), et associés, (la Bolivie, le Chili, la Colombie, l’Equateur, le Pérou et le Venezuela) ont décidé d’augmenter temporairement leurs taxes d’importation de 140 produits provenant de l’extérieur afin de compenser « les déséquilibres commerciaux provoqués par la conjoncture économique internationale ». Ces augmentations se situent proche, mais sans la dépasser, de la limite de 35 % autorisé par l’OMC. L’Organisation mondiale du commerce a malgré tout fait part de ses craintes quant à une éventuelle contagion protectionniste au sein des marchés émergents, pouvant être néfaste pour la croissance mondiale.
L’Amérique du Sud, et en particulier l’Argentine et le Brésil, entendent se protéger de la politique monétaire des Etats-Unis et de la Chine rendant leur monnaie démesurément appréciée face au dollar et au yuan, et accentuant les importations. Bien que le renforcement des monnaies sud-américaines contente la classe moyenne toujours plus nombreuse, la concurrence déloyale, que causent les taux de change défavorables, est dénoncée par les acteurs des secteurs automobiles, textiles, électroniques etc.
Dès 2002, le défaut de Buenos Aires et sa rupture avec le dollar l’avaient coupé des marchés financiers internationaux, imposant au pays un équilibre de son commerce extérieur nécessaire à son indépendance afin éviter d’avoir à vendre des actifs ou utiliser ses réserves pour équilibrer ses comptes avec l’étranger. Au début de l’année 2011, le gouvernement argentin de Cristina Kirchner a mis en place un système de licence d’importation à destination de 600 entreprises étrangères de divers secteurs afin de ralentir et limiter l’entrée sur le territoire de leurs produits. Provoquant tout d’abord une pénurie de nombreux produits ces restrictions ont contraint des sociétés, telles que les sociétés de téléphonie canadienne RIM (BlackBerry), Motorola, Nokia ou Samsung, à ouvrir des usines d’assemblage dans le pays, où le coût de la main-d’oeuvre est dix fois supérieur à celui pratiqué en Chine.
Ces licences d’importations ne sont pas interdites par l’OMC. L’organisation dispose dans son Accord sur les procédures de licences d’importation que ces régimes doivent être simples, transparents et prévisibles. Par exemple, il prévoit que les gouvernements doivent publier des informations suffisantes pour que les négociants sachent comment et pour quelles raisons les licences sont délivrées.
De plus, dans le domaine du jouet, afin de limiter sa dépendance excessive à l’égard de l’extérieur, le gouvernement souhaite diminuer les importations de 45%. La production locale est de fait passée de 5% de la consommation en 2003 à 30% en 2010. Outre une taxation des importations, le gouvernement a décidé d’interdire les poupées Barbie produites en Chine.
L’Argentine impose désormais aux entreprises qui importent des produits de développer des activités d’exportation dans le pays et considère comme étrangère une entreprise des lors que 25% de son capital est détenu à l’étranger. Le gouvernement a également récemment introduit des limites aux rachats de terres par les étrangers, en visant implicitement la politique chinoise d’achat de terres.
De son coté, le Brésil a mis en place des restrictions sur les importations textiles et a, comme l’Argentine, augmenté leurs contrôles aux frontières et renforcé les mesures anti-dumping monétaires. En effet, selon l’indice Big Mac de The Economist, le real serait la monnaie la plus chère du monde, surévaluée de 52% par rapport au dollar. Le Brésil a vu sa monnaie s’apprécier depuis deux ans et demi, après un plus bas à 2,4 real par dollar pour finir par atteindre 1,57 real par dollar. En cause, la forte croissance du pays, qui attire les capitaux mais aussi des taux d’intérêts à 12.5% pour lutter contre une inflation qui a atteint 6.7% en juin. En conséquence, la production industrielle a reculé de 1.6% sur le mois de juin.
Par ailleurs, Mme Rousseff a décidé de remplacer à la tête du géant minier Vale Roger Agnelli, jugé trop proche des marchés, par Murilo Ferreira, afin de prendre davantage en compte l’ « intérêt national du pays ». Fin 2011 le gouvernement brésilien a annoncé augmenter de 30 % les taxes sur les véhicules importés lorsqu’ils ne proviennent pas au moins à 65 % du pays ou du Mercosur. Cette décision visait à limiter « l’invasion » des voitures étrangères dont les ventes ont augmenté de 35 % par rapport à la même période de 2010, tandis que celles de production nationale n’ont progressé que de 2,2 %. Face aux protestations des constructeurs asiatiques, le secrétaire d’Etat au commerce extérieur brésilien, Tatiana Prazeres, a affirmé, au journal le monde, agir « dans le cadre strict autorisé par l’OMC ». Il ne s’agit pour le gouvernement brésilien que d’« une réaction provisoire face à la dégradation du marché, précisément pour éviter une contagion de la crise ».
Le pays veut également privilégier les produits locaux dans les appels d’offre qui pourront être jusqu’à 25% plus chers que les importations. Dans le secteur de l’électronique, de nouvelles taxes garantissent aux tablettes produites au Brésil d’être un tiers moins cher que celles fabriquées à l’étranger, ce qui a conduit des entreprises du secteur à produire sur place.
En outre, afin de limiter l’exploitation de ses ressources pétrolières par des entreprises étrangères, ceux-ci ne peuvent que prétendre au titre de partenaire minoritaire de l’entreprise nationale Petrobras. Le Brésil a de plus, tout comme l’Argentine, introduit des limitations drastiques à l’achat de terres agricoles pour se protéger des appétits extérieur, ce qui aurait provoqué l’annulation d’au moins 15 milliards de dollars d’investissement. Enfin, le pays réfléchirait à l’instauration d’un impôt calculé sur la base de la dépréciation de la monnaie du pays d’origine, en se référent implicitement au yuan.
Le continent américain semble donc, à travers ces différentes mesures destinées à protéger son économie, s’engager dans une régionalisation économique, sans toutefois outrepasser les règles définies par l’OMC. Dilma Rousseff avait ainsi fulminé fin 2011 contre « une avalanche de produits prédateurs qui mettent en danger la croissance et l’emploi », dans le pays. Cependant, l’érection de barrières commerciales des pays d’Amérique latine ne va guère contribuer à améliorer leur position au sein de l’OMC. Le Brésil occupant la dernière place des pays du G20 en matière d’ouverture des marchés.
Alexandre Mandil (mandil.alexandre@gmail.com)
Membre de l’équipe Unasur
Le Brésil terre d’accueil des nouveaux investisseurs.
Une croissance démesurée…pas totalement !
En raison de l’importance systémique du Brésil dans la région, nombre de ses pays voisins jouissent d’une forte croissance. Inversement, une chute inopinée de l’activité économique au Brésil aurait des effets opposés. Ainsi pour faire suite à l’article d’Alexandre Mandil publié le 2 décembre 2011, « Le Brésil : entre euphorie et inquiétude » le site Unasur.fr vous propose une étude des perspectives économiques pour l’année 2012.
Un état des lieux actuel fait apparaître une série d’indicateurs économiques brésiliens démontrant que la croissance est au ralenti. Si la production industrielle est restée relativement stable entre le deuxième trimestre 2010 et le deuxième trimestre 2011, ces derniers mois affichent nombre de baisses successives.
Cette faible performance de l’industrie est cependant largement compensée par le secteur des services. En effet la performance des activités liées aux services dynamise le marché du travail. Le taux de création d’emplois soutenu sur le deuxième trimestre faisait afficher comme perspective pour 2011 une augmentation qui se situait à deux millions et demi de nouveaux emplois.
Cependant, sur le 3éme trimestre 2011, la moyenne mensuelle des nouveaux emplois est passée à 160 000 contre 210 000 par mois durant le premier trimestre. Par ailleurs, le rythme de croissance des salaires s’est également ralenti à partir de Juillet, à cause d’un « refroidissement » relatif du marché, en partie dû à une accélération de l’inflation.
Pourquoi un tel ralentissement ?
Parmi les facteurs qui conduisent à ce ralentissement, les politiques monétaires et budgétaires ont pour but principal de réduire les pressions inflationnistes.
Le resserrement du crédit par un accroissement des taux d’intérêt, de Janvier à Juillet 2011, commence à produire l’effet désiré. Si le crédit total, en croissance à la fin de l’année 2010 avec un taux annuel de 17%, a ralenti au cours du 3ème trimestre 2011, il enregistre malgré tout une croissance de 12% en Septembre par rapport à la même période l’année dernière.
En raison d’une croissance plus limitée du crédit et un dynamisme moindre du marché du travail, nous assistons à un ralentissement des ventes dans le commerce. Plus spécifiquement, le taux mensuel moyen annuel de l’expansion des ventes au détail (comprenant les automobiles et les matériaux de construction), est passée de +5,1% au 1er trimestre à -3,6% au 3ème trimestre.
Malgré les politiques adoptées pour contrôler l’inflation, le ralentissement est tout de même bien prononcé. Les mauvais résultats mondiaux (USA & Europe) contribuent à aggraver la performance de l’économie, et font planer une grande part d’incertitude qui affecte les flux de capitaux, les prix des matières premières et le commerce extérieur. L’un des principaux symptômes de cette détérioration est la chute très significative de l’indice de confiance des entreprises industrielles.
Les conséquences de ce nouveau contexte
Dans ce contexte d’aggravation des perspectives extérieures, le gouvernement a envoyé des signaux pour une politique économique des investissements visant à préserver le rythme de croissance, même avec une inflation demeurant supérieure à l’objectif fixé lors des précédentes perspectives de l’Etat.
Après avoir atteint un taux de 7,3% en Septembre, l’inflation risque de terminer au delà du plafond admissible de 6,5% établi depuis la création du Real. Face à un scénario déflationniste, dans lequel les pressions extérieures émanant des prix internationaux des matières premières ont tendance à passer du positif au négatif dans le cas des métaux et au neutre pour les produits agricoles et énergétiques, la Banque centrale a commencé à réduire l’intérêt dès la fin du mois d’août.
Contrairement à la crise de Lehman Brothers en 2008, le gouvernement actuel annonce que la politique budgétaire ne sera pas utilisée comme un outil pour soutenir la croissance.
Pour 2012, l’objectif est de maintenir cette performance, ce qui rendrait la politique budgétaire plus à même de gérer les réductions des taux d’intérêt. Le problème reste que le rendement financier de 2011 est influencé par des facteurs qui ne se reproduiront sûrement pas l’année prochaine.
Les perspectives pour l’année 2012
En 2012, l’augmentation espérée pour le salaire minimum est estimée par la croissance du PIB pour 2010 à 7,5% et pour 2011 à 6,5%, donc un impact conséquent sur les coûts de pension, d’assurance sociale, du chômage et autres transferts sociaux, avec un impact proche de 0,8% du PIB.
Pendant ce temps, l’investissement public aura tendance à croître en raison de l’approche de la Coupe du monde 2014 et des Jeux Olympiques de 2016.
En bref, la décélération est susceptible d’entraîner cette année une croissance du PIB à un seuil compris entre 3% et 3,5%. Et il reste envisageable que, selon le changement de politique actuelle, la croissance s’accélère au cours de l’année prochaine entre 3,5% et 4%.
Cependant, nous remarquons que la croissance du Brésil a toujours gardé un lien étroit avec la performance économique mondiale et ce, bien que le Brésil soit une économie relativement fermée (hors Amérique Latine). Cela signifie qu’une détérioration mondiale finirait par se refléter négativement sur l’économie brésilienne, même si la vulnérabilité du pays est maintenant bien inférieure à ce qu’elle était en 2008, en raison de l’augmentation des réserves internationales, d’une plus grande attraction des IDE (investissements directs à l’étranger) et de l’espace existant pour mobiliser des politiques économiques, notamment la politique monétaire.
Néanmoins, le Brésil va continuer de briller par son image de BRIC le plus avancé, soutenue par l’économie florissante de l’Amérique Latine. Mais le pays devra consolider son identité à court terme par la promotion de changements institutionnels, ce qui faciliterait l’accroissement de l’épargne nationale par une meilleure contribution du public, épargne qui reste aujourd’hui la principale contrainte à un développement soutenu de la croissance.
SYDNEY COURT [sydney.court.ege@gmail.com]
Membre de l’équipe Unasur.fr
La Communauté des États latinos américains et des Caraïbes.
Une nouvelle puissance régionale Latino Américaine et Caribéenne est née entre ce vendredi 02 et ce samedi 03 décembre 2011 lors du sommet de Caracas. Un évènement majeur à prendre en compte dans la géopolitique du continent Américains.
Les 33 Etats Latino Américains et Caribéen y travaillent depuis juillet 2008, quelque mois après la création de l’UNASUR en mai de la même année. C’est le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva qui lance un appel aux chefs d’Etats d’Amérique Latine et des Caraïbes dont Cuba, pour les inviter à débattre sur la création d’une nouvelle coopération régionale sans y inclure les Etats-Unis et le Canada, centre de gravité principale de l’influence régionale. Le but serait d’accroitre la puissance des Etats membres de la CELAC dans la région en rivalisant l’Organisation des Etats d’Amérique (OEA) synonyme de puissance américaine.
C’est le président vénézuélien Hugo Chavez, l’un des principaux promoteurs de cet évènement qui officialise le lancement de cette nouvelle union politique ce vendredi 2 décembre 2011. Cette nouvelle force en présence serait destinée à terme à supplanter d’autres organisations. En introduction de sa prise de parole le leader latino-américain s’adresse aux 32 autres chefs d’Etats en relatant clairement sa position presque radicale : « Nous devons créer une force supérieure pour élever les consciences ». Il insiste en mettant en avant le fait que « l’OEA représente le passé, un espace qui a été manipulé, dominé par les Etats-Unis »
Pour ces Etats c’est aujourd’hui une réelle nécessité de créer un espace commun qui les unissent. La CELAC ambitionne d’approfondir le développement politique, économique, culturel et social entre ces 33 Etats et d’arriver à une coopération globale dans le but de convenir à une position commune sur des questions fondamentales comme les crises financières et énergétiques, les stratégies de développement et les négociations mondiales sur le commerce. La CELAC permettra à ces Etats de réaffirmer l’engagement des pays de continuer à renforcer les capacités internes de la région, de la survenance d’événements externes qui serait synonymes de déséquilibres économiques. Des politiques visant à renforcer la base industrielle et le renforcement des mécanismes de suivi de leurs systèmes financiers a été mis en place.
Trois évènements majeurs sont les piliers de l’organisation stratégique des 33 Etats membres en termes de développement, d’indépendance et de souveraineté. En 2008 la déclaration de Salvador de Bahia, en 2009 le lancement du Plan d’action de Montego Bay et en 2010, la Déclaration de Cancun.
Cette nouvelle force régionale a-t-elle les capacités d’atteindre ses objectifs d’union et de croissance et de se défendre de l’agressivité américaine ? Quelles sont les techniques offensives des américains pour maintenir leur niveau d’influence sur la région ?
La gestion des accords et traités entre Etats membre de la CELAC pourrait devenir à terme une base de conflit interne. Des pays comme le Mexique, la Colombie, le Pérou et le Chili par exemple ont des intérêts commerciaux très importants avec les Etats-Unis.
Le Mexique, un Etat influent, a intégré la CELAC. Le Mexique fait parti de l’alliance nord américaine depuis 1994 et ne fait pas partie de l’UNASUR. Il représente un allier stratégique pour les Américains. L’intégration du Mexique dans la Communauté des Etats Latino Américains et Caribéen aujourd’hui, est un élément important à prendre en compte. Le discours de Felipe Calderon lors du sommet reflète la volonté mexicaine de revendiquer le fait que le Mexique sera et restera un pays latino américain : « nous avons besoins de l’intégration, non seulement dans les mots mais aussi dans une réalité qui nous aide à transformer les échanges entre latino américain et caribéen en signaux de prospérité et de croissance ». Le Mexique devait se montrer présent pour revendiquer ses valeurs mais aussi pour s’allier avec 32 pays connaissant une croissance continue pendant la crise financière la plus dur de l’histoire du monde économique. 90 % de l’exportation Mexicaine est destinée au sol Américain, les liens commerciaux qui unissent le Mexique et les Etats-Unis sont importants.
Laisser le Mexique intégrer la CELAC reflète le fait que cette organisation ne semble pas inquiéter les Etats-Unis en termes de puissance régionale. En effet, ceux-ci ne se sont pas opposés médiatiquement à la création de cette nouvelle coalition. Cependant les américains pourraient à travers le Mexique influer sur les décisions d’accord et de traités qui seront signés par les Etats Membre de la CELAC. Un autre pays sous forte influence américaine est aujourd’hui membre de la CELAC : le Panama. Il sera également intéressant de comprendre comment un pays qui est contrôlé à 100% par les Etats-Unis puisse intégrer ce nouvel organe régional ?
Certains Etats Caribéens sont également sous influence anglo-saxonne. Comment les américains vont-ils exploiter ces influences sur la CELAC ?
C’est dans le dossier thématique de l’UNASUR du site UNASUR.fr que vous trouverez le dimanche 11 décembre 2011 une suite de réponse à ces problématiques dans le but d’analyser les conséquences de la création de la CELAC et de mieux comprendre les enjeux de puissances dans la région sud américaine.
Makram Amadet
makram.amadet@gmail.com
Membre de l’Equipe Unasur.fr

Rien n’aura freiné l’héritière du président sortant Luiz Inácio Lula da Silva (PT) pour emporter les élections présidentielles brésiliennes dimanche 31 Octobre 2010.
La victoire
La récente polémique sur l’avortement -dont Dilma Rousseff était présentée comme un défenseur- et qui était allée jusqu’à amener le Pape lui-même à s’exprimer sur le sujet, n’aura pas empêché le plus grand pays catholique du monde d’élire une femme pour la première fois de son histoire.
Le manque de charisme avéré de la dauphine de Lula et son inexpérience dans la bataille électorale (c’était la première fois que Dilma Rousseff se présentait à une élection, tous types confondus), ne l’auront pas non plus empêchée d’accéder à la plus haute fonction de son pays. Pour cela, elle peut remercier son mentor, le président sortant, qui jouit d’une popularité encore inégalée, et qui s’est engagé pour la cause de Dilma, parfois bien au-delà de ce que sa fonction lui permettait –il a du s’acquitter de plusieurs amendes à ce titre-.
Ainsi, dimanche 31 Octobre, le Tribunal Electoral Supérieur brésilien (TSE) a annoncé, après le dépouillement de 99% des suffrages, que Dilma Rousseff (PT-gauche) est élue présidente du Brésil avec 55,9% des voix, contre 44% pour son adversaire José Serra (PSDB-droite).
L’abstention
Seule ombre au tableau : l’abstention. Bien que le vote soit obligatoire au Brésil, le même TSE a annoncé un taux d’abstention au-delà des 20% et dépassant le record de 1998 (21,5%). Plusieurs explications peuvent être données à ce phénomène.
Une première est que, d’élections en élections, l’abstention est globalement en augmentation au-delà d’un pic positif en 1998 (21,5%) et d’un pic négatif en 2002 (18,99%).
Une seconde est que Marina Da Silva (PV-écologie) qui avait reçu près de 20% des voix au premier tour n’a pas donné de consignes de vote pour le second tour, et a invité ses partisans a voter en âme et conscience au second tour. On peut donc supposer que certains se sont tout simplement abstenus de voter.
Une troisième explication touche aux choses de nature pratique. La sécheresse dans le Nord a empêché la navigation et le déplacement des électeurs. Le weekend prolongé de la Toussaint a fait partir des électeurs en vacances, confiants dans les sondages d’intentions de vote.
Pour autant, selon le président du TSE, Ricardo Tewandowski, les élections se sont déroulées de manière « très tranquille », ce qui renforce encore la vigueur de la démocratie brésilienne qui, il y a moins d’une trentaine d’année, était encore sont le joug des militaires.
Retentissement international
L’ensemble de la presse internationale a reprit la nouvelle en première page ou dans ses gros titres. Alors que la presse d’Europe de l’Ouest revient sur la personnalité de Dilma Rousseff et l’implication de Lula dans son combat électoral, la presse anglo-saxonne porte un regard tourné vers l’avenir, en particulier sur le devenir de la désormais huitième puissance économique mondiale. Les pays d’Amérique Latine voisins du Brésil ont tous un ton assez sarcastique sur la manière dont Rousseff a été élue, et constatent tous que la politique amorcée par Lula ne sera modifiée en aucun point. Quand au Moyen-Orient, la version anglaise d’Al Jazzera titre « Rousseff wins Brazil election » et revient sur le programme de Rousseff. Il est également précisé que, bien que mal perçu par les médias brésiliens, le possible retour de Lula en 2014 n’est pas à exclure…
Thomas Pitrat
Equipe Unasur.fr
Sources : O Globo, AFP, L’Express

Nous avons vu dans la première partie de cet article que la course à la fonction présidentielle est serrée et qu’à l’heure actuelle chacun des deux principaux candidats ont toutes leur chance de gagner les élections d’Octobre 2010. Pour mémoire, rappelons qu’il s’agit de Dilma Rousseff pour le Parti des travailleurs (PT-gauche), parti du président sortant Luiz Inacio Lula da Silva, et José Serra pour le Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB-droite), parti de l’opposition et de l’ancien président Fernando Henrique Cardoso (FHC). On a vu également que face à l’excellence du bilan des deux mandats de l’actuel président Lula, et étant considéré l’immense popularité de ce dernier après 8 années au pouvoir, il est peu probable que ni Rousseff ni Serra, une fois au pouvoir infléchisse de manière radicale l’actuelle politique intérieure du pays. Pour autant, peut-on présager du même comportement à propos de la politique extérieure ?
Quelle a été la politique internationale du Brésil au cours des vingt dernières années ?
Pour mieux comprendre et évaluer les conséquences qui découlerons du choix de tel ou tel candidat par le peuple brésilien, revenons un instant sur ce qu’on été les politiques extérieures des présidents Cardoso et Lula, et le contexte dans lequel elles se sont inscrites.
Nombre d’auteurs distinguent les politiques extérieures des deux derniers présidents par l’intérêt ou non accordé aux relations Sud-Sud. Des différences idéologiques et politiques existent effectivement entre les deux gouvernements. Mais un élément essentiel pour comprendre l’orientation de la diplomatie du Brésil est l’évolution de l’économie depuis 1994.
Sur le plan idéologique, il s’agit d’approches cognitives opposant une vision libérale, défendue par Cardoso, prônant la conformation aux règles du système en vue d’intégrer la mondialisation, à une vision critique du système, défendue par Lula, qui favorise le recours à un multilatéralisme subversif en vue de réformer le système international.
Sur le plan politique, il existe un clivage traditionnel qui oppose une tendance bilatérale et suiviste et une tendance universaliste et autonomiste. Il est fréquent d’assister à un rapprochement avec Washington lors des grandes alternances politiques, en vue d’obtenir des compensations économiques. Ainsi il semblerait que la principale caractéristique de la politique de Cardoso, de 1995 à 2002, soit son suivisme vis-à-vis des Etats-Unis, alors que la politique de Lula serait celle de l’émancipation vis-à-vis de son voisin américain.
Ces observations ont tout à fait lieu d’être, mais il faut regarder plus en profondeur pour constater combien ces différentes attitudes sont en réalité dictées par le contexte économique intérieur. Si on considère que la politique extérieure du Brésil a toujours été étroitement liée aux intérêts de la politique intérieure, et qu’il y a toujours eu une forte continuité dans la diplomatie brésilienne, grâce entre autre au rôle d’amortisseur joué par Itamaraty, on constate que c’est le contexte économique intérieur plus que des idéologies politiques qui a dicté la politique extérieure du Brésil au cours des 20 dernières années.
En effet, lorsque Cardoso arrive au pouvoir en 1995, après l’échec du plan Cruzado en 1986 et du plan Collor en 1990, il continu le plan Real de 1994 qu’il à lui-même mis en place lorsqu’il était ministre des finances. L’objectif de ce plan est de réduire l’inflation en pratiquant un encrage cambial du Real sur le Dollar. Ce plan est un succès mais la surévaluation de la monnaie freine les exportations et du même coup détériore la balance commerciale brésilienne. Pour compenser ce manque et faire entrer des devises sur le territoire, Cardoso met en place une politique d’ouverture commercial et de dérégulation du système financier propre à attirer les capitaux étrangers. Cette situation va engendrer une restructuration du système productif brésilien. Cette restructuration, consommatrice de technologies et d’investissements étrangers, va naturellement provoquer un rapprochement du Brésil avec les Etats-Unis et les pays de la Triade, au titre qu’ils peuvent répondre à ces besoins. Ce sont donc les besoins de l’économie intérieure du Brésil et la politique macro-économique poursuivie par le gouvernement Cardoso lors de son premier mandat (1995-1999) qui vont pousser ce dernier à mener un politique de courant bilatéral et suiviste.
Quant à la politique extérieure mise en place par Lula à partir de 2002, de courant universaliste et autonomiste, elle est pour partie la résultante de l’explosion d’une bulle de spéculation survenue en Janvier 1999, suite à une crise de change, qui a forcé Cardoso à dévaluer le Real de 30%. C’est cette crise financière qui est à l’origine du boom exportateur du Brésil, grâce à l’augmentation de la compétitivité des prix brésiliens qui a suivie la dévaluation du Real. Cette situation ouvrant de nouveaux marchés au Brésil, en particulier dans les pays en développement (PED), et dans un contexte global d’augmentation des échanges entre PED, le Brésil c’est naturellement tourné vers les pays du Sud, au détriment des Etats-Unis et des pays de la Triade. Dans cette nouvelle configuration, le Brésil trouve plus que des marchés dans les pays du Sud, il y trouve aussi des alliés tels que la Chine, l’Inde et l’Afrique du Sud, avec qui il entreprend de se faire entendre auprès des organisations internationales (ONU, OMC…). Ainsi la politique extérieure mise en place part Lula va de pair avec la perte de puissance et d’influence des Etats-Unis, due à son excès d’unilatéralisme, et la conséquente émergence d’une gouvernance mondiale multipolaire.
Quelles conséquences peuvent avoir les élections sur la politique internationale du Brésil ?
Force est de constater que la direction prise par la politique extérieure n’est pas le simple fruit d’une orientation donnée par un décideur politique, mais bien la conjonction de situations et d’opportunités offertes par l’environnement intérieur et extérieur du pays.
Dans le cas qui nous concerne, on peut dire avec certitude que si Dilma Rousseff était élue, elle s’inscrirait dans la continuité de son prédécesseur. On peut faire cette affirmation pour deux raisons. La première étant que Dilma Rousseff est connue pour sa fidélité sans faille au président Lula, ce qui ne laisse pas à penser qu’elle ait une grande volonté de réorienter la politique extérieure du pays. La deuxième raisons est la plus importante : l’essentiel des indicateurs économiques brésiliens sont au vert et il n’y a pas lieu de penser que le contexte économique intérieur oblige le pays à orienter sa politique extérieur vers une soumission à une force plus importante en vue d’obtenir de l’aide. De ce fait, on peut présager que non seulement Dilma Rousseff, mais aussi José Serra, que l’un ou l’autre soit élu, continueront la politique extérieure actuelle, qu’elle qu’ait été la politique défendue par les précédents présidents des partis qu’ils représentent. La principale évolution possible à prévoir si Serra était élu est un durcissement de ton avec les tenants latino-américains d’une gauche radicale.
Le 28 Aout, Dilma Rousseff était crédité de 51% d’intention de vote, contre 27% pour José Serra (Source : IBOPE/TV Globo), preuve que Serra peine à mettre en forme le projet d’une alternative meilleure que le système existant.
Thomas Pitrat
Equipe UNASUR
NB : Cet article utilise certaines idées de l’excellente étude de Enrique Ventura sur les relations Sud-Sud du Brésil dans : « La diplomatie Sud-Sud de Lula : entre discours et réalité », Enrique Ventura, Institut d’Etudes Politiques de Grenoble, Membre de l’équipe Opalc/Grib « Brésil 2010 ».

- Les 3 principaux candidats à l’élection présidentielle du Brésil
La campagne électorale à l’issue de laquelle sera désigné le nouveau président de la République Fédérale du Brésil est officiellement en cours depuis les premiers jours du mois de Juillet 2010. Cette campagne prévue pour durer trois mois se terminera le 3 Octobre, lorsque 135 millions de brésiliens se rendront aux urnes pour désigner le successeur de l’actuel président Luiz Inacio Lula da Silva (dès leur majorité, les brésiliens ont l’obligation de voter). Si aucun candidat n’obtient la majorité absolue au premier tour, un second tour sera organisé le 31 octobre entre les deux premiers candidats. En plus de désigner le successeur de leur actuel président, les brésiliens devront également désigner leur vice-président, l’ensemble des députés fédéraux, les deux tiers des sénateurs et enfin les 27 gouverneurs d’états et les quelques mille représentants des parlements des Etats. Il s’agit d’un temps fort de la démocratie brésilienne.
On pourra noter que pour la première fois depuis 21 ans et la fin du régime militaire, le charismatique Lula da Silva n’est pas candidat lors de cette campagne électorale. En effet, la constitution lui interdit de briguer un troisième mandat consécutif. On peut remarquer aussi que deux femmes font parti des trois candidats qui à ce jour sont crédités du plus important nombre d’intentions de vote.
Qui sont les candidats participants à l’élection présidentielle ?
Ce sont au total 9 candidats qui sont engagés dans la course à la fonction présidentielle. Toutes les tendances politiques sont représentées par ces candidats, allant du Parti Communiste Brésilien (PCB) porté par Ivan Pinheiro au libéral José Levy Fidelix da Cruz pour le Parti Rénovateur Travailliste Brésilien (PRTB). Pour autant, seuls trois candidats ont connus des pourcentages d’intentions de vote à deux chiffres, loin devant leurs six autres concurrents.
Ces trois candidats sont Dilma Rousseff pour le Parti des travailleurs (PT-gauche), parti du président sortant, José Serra pour le Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB-centre droite), parti de l’opposition et de l’ancien président Fernando Henrique Cardoso (FHC), et Marina Silva pour le Parti des verts (PV-écologie).
Dilma Rousseff a été désignée par le président Lula da Silva pour sa succession. Elle a comme colistier le député Michel Temer, membre du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB-centre, le plus grand parti du pays), formation qui appartient depuis huit ans à la coalition au pouvoir. Cette économiste et ex-guérillera de 62 ans, considérée comme une véritable «Dame de fer » était quasiment inconnue du grand publique à l’annonce de son nom en février lors du 4ème Congrès du PT. L’ex-ministre clé du gouvernement de Lula, chef de la Maison civile jusqu’en Mars – équivalent local de Premier ministre -, peut s’appuyer sur le bilan extrêmement positif des huit années au pouvoir de son parti. Lula bénéficie en effet d’une cote de popularité sans précédent après deux mandats, à hauteur de 80% d’opinion favorable. Cependant, son manque de charisme fait peser sur elle le doute sur ses qualités de chef capable de diriger le pays.
A l’inverse, José Serra est un homme bien connu du publique brésilien. Il a été par deux fois député fédéral, puis sénateur et enfin ministre de la Santé du gouvernement FHC. Plus récemment, il a également été préfet puis gouverneur de l’Etat de Sao Paulo, le plus riche du pays. Il est le principal candidat de l’opposition, laquelle regroupe le Parti des démocrates (DEM) et le Parti populaire syndicaliste (PPS), outre le PSDB. José Serra se présente pour la deuxième fois à une élection présidentielle. Il avait réussi à forcer un second tour lors des élections de 2002, remporté par Lula avec 61% des suffrages. La tâche qui incombe à Serra est extrêmement difficile, car il ne peut remettre en cause le bilan du gouvernement de Lula que l’immense majorité des brésiliens jugent positif, de même il lui est compliqué d’envisager une surenchère de promesses électorale. Ainsi, étant acquis que ni Rousseff, ni Serra, n’ont l’intention de créer une rupture avec la politique de Lula, le débat est essentiellement centré sur la personnalité des candidats et leurs capacités à gouverner.
Marina Silva, du Parti des Verts (PV), défend quand à elle un agenda environnemental et occupe un espace alternatif entre les deux principales candidatures. Ancienne ministre de l’Environnement de gouvernement de Lula, elle a quitté le PT pour les Verts en 2008, estimant que le gouvernement favorisait l’agrobusiness au détriment de l’agriculture familiale. Elle mène sans grande chance de réussite un combat contre la polarisation qui marque ces élections.
Quelles sont les tendances des intentions de vote ?
Inconnue de l’électorat, Dilma Rousseff ne disposait que de 26% des intentions de vote en décembre dernier, contre 40% pour Serra. Mais Lula a porté à bout de bras sa candidature pour lui faire profiter de son immense popularité, ainsi, l’ex-guerillera a inversé l’écart en sa faveur, et devance désormais Serra dans la quasi-totalité des sondages. Un sondage de l’institut Sensus diffusé début Août lui donnait dix points d’avance avec 41% des intentions de vote, contre 31% pour Serra. Il semble donc que Dilma Rousseff ait plus que rattrapé son retard de 14 points du début de course.
Marina Silva obtient quand à elle de 8 à 10% des intentions de vote. Les intentions de vote en sa faveur ne dépassent pas 10% dans les sondages, mais elle sera un facteur décisif en cas de second tour.
Ainsi, l’élection à la présidence de la république reste ouverte, et le résultat du scrutin du 3 Octobre n’est pas encore écrit. De plus, ces mêmes instituts de sondages indiquent que, lorsque questionnés de but en blanc sur leur intention de vote, 44% des sondés se disent indécis.
Thomas Pitrat
Sources (consultées entre le 15/07/2010 et le 15/08/2010)
http://www.latribune.fr/entreprises/industrie/aeronautique-defense/20100527trib000513271/les-elections-au-bresil-compliquent-la-vente-du-rafale-.html
http://oglobo.globo.com/pais/eleicoes2010/candidatos/candidato.asp?c=5236153658
http://oglobo.globo.com/pais/eleicoes2010/candidatos/candidato.asp?c=523774365D
http://www.cyberpresse.ca/international/amerique-latine/201006/06/01-4287309-elections-au-bresil-les-deux-favoris-au-coude-a-coude.php
http://www.cyberpresse.ca/international/amerique-latine/201006/13/01-4289568-coup-denvoi-de-la-campagne-pour-succeder-a-lula.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_lire_aussi_4287309_article_POS1
http://www.topdobrasil.com.br/bresil_elections_2010/bresil_elections_presidentielles_2010_candidats.php
http://french.peopledaily.com.cn/International/6910860.html
http://www.latinreporters.com/amlatpol12022010.html
http://www.istoe.com.br/reportagens/93259_MARINA+FICOU+MAIS+MAGRA
http://antonydumas.blogspot.com/2010/06/election-presidentielle-bresilienne.html
http://www.istoe.com.br/reportagens/95212_ELAS+ESTAO+INDECISAS
http://www.ledevoir.com/international/amerique-latine/292079/bresil-lancement-de-la-campagne-electorale
http://oglobo.globo.com/pais/eleicoes2010/
http://blogs.estadao.com.br/radar-politico/category/eleicoes/
http://www.rinoceros.org/article9442.html
http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-Au-Bresil-Lula-pese-sur-la-presidentielle-_3637-1471658_actu.Htm
http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5gzw7WJsfB1N2KgRMMQ_bVNFbld4g
http://www.reuters.com/article/idUSN1321934720100814

Il est toujours quelque peu émouvant d’assister aux derniers mois du mandat d’un grand dirigeant, surtout si celui-ci a marqué une étape cruciale dans le développement de son pays comme c’est le cas pour Luis Inàcio Lula da Silva. En novembre prochain, à l’issue des élections présidentielles, un nouveau dirigeant, probablement Dilma Rousseff, dauphin désigné de Lula, prendra les rênes du Brésil dans des conditions optimales.
Pour le Brésil, Lula restera un de ces dirigeants emblématiques, de ceux comme De Gaulle, Adenauer, Poutine ou Deng qui, quoi qu’on pense de leur politique, ont modifié leur pays en profondeur, le modernisant, le transformant et, le plus souvent, accroissant de manière décisive son influence sur la scène internationale. L’ancien ouvrier de Sao Paulo est de ceux-là, réussissant même comme Deng Xiaoping à jeter les bases d’une nouvelle société. Le PAC, Programme d’Accélération de Croissance, lancé au début de son second mandat vise rien de moins que de faire naitre et croitre une vraie classe moyenne possédante et consommatrice dans un pays connu pour ses extrêmes inégalités sociales. Malgré l’ampleur de cette œuvre, dont on ne verra véritablement les effets, positifs et négatifs, que plusieurs années après son départ, le vieux syndicaliste caresse un dernier rêve : celui de faire du Brésil une grande puissance mondiale avec les privilèges qui en découlent.
Le grand dessein du président brésilien s’affirme d’autant plus que celui-ci se rapproche de la date de son départ : faire entrer le Brésil comme membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU. A cette fin il poursuit une stratégie méthodique d’accroissement de puissance depuis plusieurs mois qui s’oriente selon deux axes majeurs : s’assurer une certaine bienveillance de la part des autres membres permanents et montrer ses capacités d’influence et de négociation dans les grandes crises internationales.
Le Brésil a ainsi entamé une danse de séduction à l’égard de la France, des USA, de la Chine et de la Russie. Les relations franco-brésiliennes, au point mort depuis les années 60, ont connu un spectaculaire renouveau avec les visites de Nicolas Sarkozy au Brésil en décembre 2008 et septembre 2009. La création du Groupe de Haut Niveau franco-brésilien qui a pour but de rapprocher certaines des plus grandes entreprises des deux pays (GDF SUEZ, Louis-Dreyfus, Cobra, Bull, Vale, Rhodia…) et la promesse d’achats de matériels français – le cas de l’appel d’offre de l’armée de l’air brésilienne dans laquelle le Rafale Dassault fait partie des candidats est assez parlant – ont suffi a créer un axe franco-brésilien, clairement manifesté lors de la conférence de Copenhague sur le changement climatique de décembre dernier.
Les accords de défense américano-brésiliens qui semblent pourtant peu compatibles avec l’Unasur et pourraient manifester une volonté de condominium sur l’Amérique Latine, sont en réalité la promesse d’une communauté de vues sur la stabilité du continent. Lula a parfaitement choisi son moment pour négocier cet accord car, là où sous l’administration Bush il aurait été difficile voire impensable de voir les USA signer un partenariat de défense avec un pays dirigé par un syndicaliste qui se disait il y a peu encore marxiste, le gouvernement de Barack Obama, aux vues de l’importance qu’il accorde au continent américain et de son ouverture politique, est sensible aux arguments (stabilité, valeurs démocratiques, économie libérale, croissance économique soutenue, intérêt pour la sauvegarde de l’environnement) du Brésil. Ce qui ressemble à un adoubement de la part des USA a aussi permis le règlement du différend qui opposait depuis 2002 les deux pays sur le commerce du coton.
Russie et Brésil partagent une certaine identité, celle de pays à taille de continent, très peu peuplés par endroits à cause des difficultés naturelles et regorgeant de ressources naturelles. Bien que la politique de Lula ait bien peu à voir avec celle de Poutine et Medvedev, les entreprises brésiliennes et russes se ressemblent étonnamment. Vale et Norislk Nickel, Petrobras et Gazprom ont chacune des points communs qui entretiennent une communauté de vue entre les deux Etats, du moins dans le domaine des matières premières. Depuis les années 2007-2008, Moscou est engagé dans une opération de renforcement de ses relations avec le sous-continent latino-américain, d’abord avec le Venezuela puis, suite à l’effondrement économique de Caracas, avec l’ensemble des pays voisins. Dans ce cadre, le Brésil est un interlocuteur privilégié de la Russie, tant par son influence diplomatique que par sa stabilité politique qui assure à la Russie un approvisionnement continu dans les divers contrats signés. Alors que Moscou veut être moins dépendant de l’Europe et de la Chine, Lula a profité de sa visite du début mai 2010 en Russie pour afficher sa volonté de porter les échanges russo-brésiliens à plus de 10 milliards USD, soit plus du double du montant actuel.
Les relations sino-brésiliennes, en plus de s’inscrire dans cette stratégie de séduction des grandes puissances, portent la marque d’une autre volonté de Lula, celle d’établir le Brésil comme moteur des relations Sud-Sud. Considérant que la Chine est devenue la nouvelle puissance « protectrice » d’une grande partie de l’Afrique, le gouvernement de Brasilia qui cherche à développer les relations avec les pays lusophones d’Afrique – dans un premier temps – cherche à se concilier les bonnes grâces de Pékin pour ne pas apparaitre comme un concurrent dans son « pré carré ». Dans cette optique, la production brésilienne de pétrole que l’exploitation des subsalts du nord devrait largement booster, est le meilleur ambassadeur de la politique de Brasilia tant la Chine est avide de multiplier et de sécuriser ses sources d’approvisionnement. En outre, le Brésil se livre à un intéressant exercice d’équilibriste à l’occasion de la signature de ces multiples accords, se conciliant la bienveillance américaine en Amérique du Sud alors qu’il exprime clairement à Pékin sa volonté de rénover l’ordre économique mondial en abandonnant le dollar comme étalon universel.
Ce ballet diplomatique auprès des grandes puissances est finalement le passage obligé pour tout pays qui voudrait se faire reconnaitre comme régionalement voire mondialement influent. Toutefois au-delà de grappiller de l’influence au sein du G20, le Brésil a également entrepris de démontrer qu’il peut être un véritable acteur de la stabilité mondiale en s’attaquant à la crise iranienne. Bénéficiant de sa position particulière vis-à-vis de Téhéran puisqu’il est le seul des grands pays à ne pas dépendre du pétrole iranien ou à être regardé par le régime des Mollahs comme un ennemi potentiel, le Brésil s’est lancé dans un défi que certains voient comme impossible : concilier les positions de l’Iran et de la communauté internationale.
Avec la Turquie comme intercesseur auprès du régime iranien, Lula a pris son bâton de pèlerin pour négocier un accord avec Téhéran, en espérant que celui-là sera respecté. Profitant de sa position de membre temporaire du Conseil de Sécurité et de puissance nucléaire civile, le Brésil a réussi à faire accepter à l’Iran le principe de la fourniture, via la Turquie, de combustible nucléaire civil. Alors que les membres permanents du Conseil de Sécurité étaient près de prendre des sanctions à l’égard de Téhéran, l’accord Brésil-Iran-Turquie arrive à point nommé et si jamais il venait à être un succès il couronnerait probablement Brasilia comme leader des pays du Sud.
Il faudra probablement plus que la réussite d’un accord avec l’Iran pour voir la création d’un nouveau siège permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU, d’autant plus qu’une telle élévation n’ayant jamais eu lieu, nul ne sait selon quelle formule elle se ferait, transformation d’un siège temporaire ou élargissement du conseil. Il peu bien peu probable que cela arrive pendant le mandat de Lula, mais, comme pour l’économie et le social, il sera sans doute celui qui aura jeté les bases de l’influence internationale du Brésil, si ses successeurs ont la bonne idée de continuer son œuvre.
Nicolas Mazzucchi
Equipe Unasur.Fr
Diplômée d’une maîtrise LLCE (Langue, Littérature et Civilisation Etrangères spécialité « Espagnol ») obtenue à la Sorbonne Nouvelle de Paris avec « mention bien », je me passionne pour l’étude des civilisations précolombiennes depuis de nombreuses années, à ce titre j’ai rédigé un mémoire sur ‘L’évangélisation des indigènes du Pérou’ d’après l’œuvre du jésuite José de Acosta »De Procuranda Indorum Salute.
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