
Les cinq étoiles figurant sur le maillot de la sélection nationale brésilienne de football signifient que cette équipe a déjà gagné cinq fois la coupe du monde, et contribuent à nous montrer que le Brésil est un pays qui forme de très bons joueurs de football. Chacune de ces victoires à été une occasion de faire connaitre au monde entier le visage multiple, l’esprit d’ouverture et le pacifisme du peuple brésilien. Cependant, l’image romantique d’un peuple mu par les joies simples du sport et de la musique est assez réductrice de ce qu’est le Brésil.
En effet, la dernière victoire du Brésil remonte à 2002, soit un an après les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis. On peut dire d’une manière consensuelle que l’organisation mondiale et les rapports de force entre puissances ont énormément évolués depuis cette date. La récente crise traversée par l’économie mondiale n’a fait qu’amplifier la tendance déjà révélée lors de ces événements. Il est incontestable que nous nous dirigeons vers une gouvernance mondiale multipolaire, sortie de la suprématie du modèle anglo-saxon porté par les Etats-Unis. On a observé ces dernières années la montée en puissance (ou la remontée) dans le monde économique de pays tels que la Chine, l’Inde, la Russie, le Brésil ou encore l’Afrique du Sud. Mais pour assoir sa puissance, la simple force économique ne suffit pas. Au nombre des éléments qui permettent de faire rayonner la puissance d’un pays, à l’instar d’un siège au conseil de sécurité de l’ONU ou la participation à des actions de maintient de la paix, on peut compter l’organisation d’événements sportifs de portée internationale.
A l’heure actuelle, le Brésil est le champion du monde de la captation de ce type d’événements. En effet, après avoir organisé les Jeux Panaméricains à Rio en 2007, il a obtenu successivement l’organisation de la Coupe du Monde de football 2014 et celle des Jeux Olympique 2016 qui se déroulerons à Rio. Du jamais vu jusqu’à ce jour ! Or l’obtention de l’organisation de ces évènements par le Brésil n’est pas anodine, ni le fait d’une « main de Dieu » qui serait venue à point nommé pour orienter le choix des décideurs. Ces deux victoires successives sont le fruit d’une volonté délibérée, structurée et affichée d’assoir l’emprise de la puissance Brésilienne à un niveau régional, et bien sûr mondial. Notons que l’engagement sans faille de l’appareil d’Etat au service des candidatures du Brésil pour l’organisation de ces événements de portée internationale à constitué un facteur clef de succès.
La candidature pour la Coupe du Monde FIFA 2014 du Brésil
L’analyse du processus qui a mené le Brésil à obtenir l’organisation de la Coupe du Monde FIFA 2014 permet de mettre en avant une stratégie d’anticipation et d’utilisation de relais d’influences. En effet, pour être le seul soumissionnaire, et donc être élu d’office, le Brésil a éliminé les velléités des autres pays d’Amérique Latine à soumissionner une offre. Rappelons qu’il était acquit que la Coupe du Monde FIFA 2014 se jouerai sur le continent Latino-américain, conformément au système informel de distribution géographique de la compétition. Ainsi la stratégie du Brésil à été, non pas de se battre contre des candidatures concurrentes mais d’en empêcher l’existence même.
Pour ce faire, le soutien de figures charismatique brésiliennes, telles les footballeurs Romario et Dunga ou encore le romancier Paulo Coelho, a permis d’apporter une forte visibilité à la candidature brésilienne. Mais ce qui a réellement fait la différence s’est passé hors du champ des caméras, en deux phases bien distinctes.
Dans une première phase, la Confédération Brésilienne de Football (CBF) a dû contrer l’unique concurrent potentiel face à elle, la candidature de la Colombie. Pour y parvenir, elle s’acquiert de nombreux soutiens au sein de la Confédération Sud-Américaine de Football (CONMEBOL) dans laquelle elle dispose d’un réseau déjà bien établi. De même, la CBF développe son réseau au sein de la FIFA, tout d’abord par le truchement de Ricardo Teixeira, son président, qui dispose d’un siège au comité exécutif de l’instance mondiale, et aussi par Joao Havelange, président d’honneur à la FIFA. Le président de la fédération colombienne, ayant prévenu que si sa candidature n’avait pas le soutient de la CONMEBOL, elle n’aurait pas de suite positive, se retrouve ainsi dans une situation d’échec. De fait, face à cette « guerre préventive » d’influence menée par le Brésil, la Colombie bat en retraite avant même la finalisation du processus de dépôt de sa candidature.
La deuxième phase a consisté à tacler la volonté naissante de la Bolivie a déposer une candidature. Pour ce faire, la CBF à pesée de tout son poids sur la FIFA, notamment par les relais déjà cités, sur une thématique normative concernant l’altitude maxiacmale à laquelle peuvent se jouer les matchs de standard FIFA, à savoir un abaissement à 2500 mètres d’altitude. Cette décision a été prise suite à l’annonce du club brésilien de Flamengo qui a déclaré qu’il ne jouerait plus en altitude, après que plusieurs de ses joueurs eurent besoin d’oxygène pendant un match à 4000 mètres d’altitude. Ainsi, la Bolivie, à l’instar des autres pays andins, s’est retrouvée techniquement incapable de présenter une candidature. Cette mesure à été très mal accueillie par la Bolivie et d’autres pays, tels que l’Argentine, le Paraguay, la Colombie, le Pérou ou encore l’Équateur. Mais Lula, en appelant à l’unité de l’Amérique Latine et en obtenant de Hugo Chavez qu’il effectue une tournée des pays andins pour apaiser la situation, est parvenu à ce que cette décision normative ne soit pas remise en cause avant la date butoir du dépôt des candidatures.
Ainsi, par des manœuvres d’influence au sein d’organisations régionales et internationales, et des orientations normatives, toutes appuyées par le gouvernement, la candidature brésilienne a été la seule présentée à la FIFA, et de fait déclarée victorieuse.
La candidature pour les Jeux Olympique 2016 de Rio
Pour obtenir l’organisation des Jeux Olympiques 2016 à Rio, la compétition à été plus complexe, et les moyens engagés plus conséquents. De plus, la volonté politique mise en œuvre au plus haut niveau de l’Etat, et les engagements pris par les pouvoirs publics brésiliens, ont été déterminant dans le succès du Brésil. Contrairement au cas de figure de la candidature du Brésil pour la Coupe du Monde 2014, la candidature de Rio pour les JO 2016 était en compétition avec trois autres candidatures : celles de Madrid, Chicago et Tokyo. Ainsi, la compétition pour l’obtention des JO 2016 ne s’est pas déroulée en plusieurs phases, mais c’est produite simultanément sur plusieurs champs de bataille. Soulignons que pour orchestrer ses manœuvres, le Comité Olympique Brésilien (COB) s’est alloué les services du président de cabinet de communication Vero Communication, Mike Lee, qui était membre du comité de la candidature victorieuse de Londres 2012. La compétition à eu lieu tous azimuts, prenant en compte des thématiques variées.
En termes d’image, la candidature a su jouer sur deux répertoires différents qui sont ceux de « Jeux verts, pour une planète bleue » et le sentiment de culpabilité des occidentaux sur leur accaparement historique de l’évènement. Pour ce faire, le COB à listé de nombreux éléments dans sa candidature portant sur l’économie durable, le social et l’environnement avec notamment des projets de reboisement, d’aide social, de recyclage, d’accès aux handicapés, le tout reprenant la dialectique même des pays occidentaux. De la même façon, le COB à mis en parallèle les valeurs d’universalisme revendiqué par les Jeux Olympique et la réalité géographique de leur organisation, à savoir aucune organisation dans les pays dits « du Sud », à part en Chine. Ainsi la COB a su jouer sur une fibre émotionnelle portant sur la contradiction entre l’obtention des jeux par un pays autre que le Brésil et les valeurs revendiquées par l’évènement.
Mais, évidement, la pression émotionnelle ne suffit pas à elle seule pour obtenir l’organisation de Jeux Olympiques. C’est pourquoi, le COB et tout l’appareil d’Etat brésilien ont également mis en avant des éléments beaucoup plus tangibles, à savoir des bénéfices économiques et politiques pour tous ceux qui soutiendraient la candidature brésilienne. Les arguments économiques ont été essentiellement opposés aux pays dit « du Nord », alors que les arguments politiques l’ont été à ceux dit « du Sud ».
Les arguments économiques étaient essentiellement composés de deux volets. Le premier est l’investissement public non lié aux jeux (240 Milliards US en 4 ans) dans les infrastructures générales et les équipements nationaux. Le second est un environnement juridique et réglementaire sécurisant pour les investisseurs et favorable au climat des affaires, mis en place par l’administration de Lula. Ces deux éléments mettent en valeur l’attrait économique que représente le Brésil ainsi que son accessibilité. Cependant, Lula a présenté l’adhésion à la candidature brésilienne des pays voulant faire des affaires sur le territoire national comme une condition sine qua non pour accéder au marché brésilien. Ainsi, à titre d’exemple, les responsables et les délégués français du Comité International Olympique avaient rencontré Lula lors des négociations entre le France et le Brésil portant sur l’achat par celui-ci de 36 avions de chasse Rafales.
La base du discours politique en vue de trouver des soutiens auprès des pays dits « du Sud » était un discours tiers-mondiste, dont le Brésil est aujourd’hui la figure de proue. Trois vecteurs ont été utilisés pour diffuser ce message. Le premier est le COB qui à rencontré son homologue dans de nombreux pays défavorisés tels que la Syrie, la Gambie, l’Ouganda, la Guinée ou encore le Nigeria. Le second vecteur est le réseau diplomatique dont dispose le Brésil dans les pays défavorisés, notamment en Afrique, qui a d’ailleurs connu une forte expansion ces dernières années. Enfin, le troisième vecteur est Lula lui-même qui à pu distiller les ambitions tiers-mondistes du Brésil lors de sommets tels que le Sommet Afrique/Amérique du Sud (ASA), ou encore le sommet Inde/Brésil/Afrique du Sud (IBSA). Ces vecteurs ont tous permis au Brésil de revendiquer que, étant donné que les candidatures concurrentes émanaient exclusivement de pays industrialisés, le seul moyen que les pays en développement ont de se faire entendre est de voter pour la candidature du Brésil.
On peut noter aussi que, en plus de chaque lutte exemplaire menée sur chacun des échiquiers sociétal, économique et géopolitique, la candidature du Brésil a eu le formidable avantage d’être soutenu avec force et conviction par le président Lula. En effet, ce dernier c’est plié de bonne grâce aux exigences du Comité International Olympique en assurant une mobilisation consistante derrière la candidature de son pays. Pour illustrer cette attitude notons que le président Lula avait de longue date programmé sa participation à la délibération du jury qui a eu lieu à Copenhague, alors que la présence de Barack Obama avait été jugée tardive et opportune. C’est donc un Brésil méritant qui à obtenu l’organisation des Jeux Olympiques 2016.
Quels résultats, pour quelles perspectives ?
Notons que le Brésil est tellement méritant, tourné vers l’extérieur, et près à jouer le jeux des puissances internationales en place, que depuis 2006, pour la première fois dans l’histoire du pays, les investissements directs étrangers des entreprises brésiliennes, ont dépassé ceux des entreprises étrangères au Brésil.
Ainsi on peut observer que « l’expansion sportive » du Brésil s’inscrit dans une démarche d’expansion nationale globale, aussi bien à l’échelle régionale qu’internationale. On a pu remarquer que pour l’obtention de ces évènements sportifs de portée internationale, le Brésil à su mobiliser les ressources et mettre en œuvre les moyens nécessaires à ce qui peut être assimilé à une politique de conquête. La mobilisation des sphères politique, diplomatique, économique et sociétale coordonnée par des acteurs compétents a su donner toute son ampleur et sa crédibilité à la volonté du Brésil de jouer un rôle d’égal à égal avec ses pairs industrialisés.
Le Brésil apprend vite et obtient de rapides retours sur investissement. Il utilise toutes les méthodes développées par les pays industrialisés pour pourvoir à son propre développement. Il cultive et développe aussi sa propre identité et entend la faire connaître et respecter. Mais le Brésil n’est pas pour autant fermé aux collaborations, et il revient donc aux dirigeants des nations industrialisées de s’inscrire dans se formidable élans de dynamisme. Peut être pouvons participer et orienter l’émergence d’un « brazilian dream » ?
Thomas Pitrat
Equipe Unasur.fr


