Catégorie: Bresil

Les ambitions de M. Lula

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Il est toujours quelque peu émouvant d’assister aux derniers mois du mandat d’un grand dirigeant, surtout si celui-ci a marqué une étape cruciale dans le développement de son pays comme c’est le cas pour Luis Inàcio Lula da Silva. En novembre prochain, à l’issue des élections présidentielles, un nouveau dirigeant, probablement Dilma Rousseff, dauphin désigné de Lula, prendra les rênes du Brésil dans des conditions optimales.

Pour le Brésil, Lula restera un de ces dirigeants emblématiques, de ceux comme De Gaulle, Adenauer, Poutine ou Deng qui, quoi qu’on pense de leur politique, ont modifié leur pays en profondeur, le modernisant, le transformant et, le plus souvent, accroissant de manière décisive son influence sur la scène internationale. L’ancien ouvrier de Sao Paulo est de ceux-là, réussissant même comme Deng Xiaoping à jeter les bases d’une nouvelle société. Le PAC, Programme d’Accélération de Croissance, lancé au début de son second mandat vise rien de moins que de faire naitre et croitre une vraie classe moyenne possédante et consommatrice dans un pays connu pour ses extrêmes inégalités sociales. Malgré l’ampleur de cette œuvre, dont on ne verra véritablement les effets, positifs et négatifs, que plusieurs années après son départ, le vieux syndicaliste caresse un dernier rêve : celui de faire du Brésil une grande puissance mondiale avec les privilèges qui en découlent.

Le grand dessein du président brésilien s’affirme d’autant plus que celui-ci se rapproche de la date de son départ : faire entrer le Brésil comme membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU. A cette fin il poursuit une stratégie méthodique d’accroissement de puissance depuis plusieurs mois qui s’oriente selon deux axes majeurs : s’assurer une certaine bienveillance de la part des autres membres permanents et montrer ses capacités d’influence et de négociation dans les grandes crises internationales.

Le Brésil a ainsi entamé une danse de séduction à l’égard de la France, des USA, de la Chine et de la Russie. Les relations franco-brésiliennes, au point mort depuis les années 60, ont connu un spectaculaire renouveau avec les visites de Nicolas Sarkozy au Brésil en décembre 2008 et septembre 2009. La création du Groupe de Haut Niveau franco-brésilien qui a pour but de rapprocher certaines des plus grandes entreprises des deux pays (GDF SUEZ, Louis-Dreyfus, Cobra, Bull, Vale, Rhodia…) et la promesse d’achats de matériels français – le cas de l’appel d’offre de l’armée de l’air brésilienne dans laquelle le Rafale Dassault fait partie des candidats est assez parlant – ont suffi a créer un axe franco-brésilien, clairement manifesté lors de la conférence de Copenhague sur le changement climatique de décembre dernier.

Les accords de défense américano-brésiliens qui semblent pourtant peu compatibles avec l’Unasur et pourraient manifester une volonté de condominium sur l’Amérique Latine, sont en réalité la promesse d’une communauté de vues sur la stabilité du continent. Lula a parfaitement choisi son moment pour négocier cet accord car, là où sous l’administration Bush il aurait été difficile voire impensable de voir les USA signer un partenariat de défense avec un pays dirigé par un syndicaliste qui se disait il y a peu encore marxiste, le gouvernement de Barack Obama, aux vues de l’importance qu’il accorde au continent américain et de son ouverture politique, est sensible aux arguments (stabilité, valeurs démocratiques, économie libérale, croissance économique soutenue, intérêt pour la sauvegarde de l’environnement) du Brésil. Ce qui ressemble à un adoubement de la part des USA a aussi permis le règlement du différend qui opposait depuis 2002 les deux pays sur le commerce du coton.

Russie et Brésil partagent une certaine identité, celle de pays à taille de continent, très peu peuplés par endroits à cause des difficultés naturelles et regorgeant de ressources naturelles. Bien que la politique de Lula ait bien peu à voir avec celle de Poutine et Medvedev, les entreprises brésiliennes et russes se ressemblent étonnamment. Vale et Norislk Nickel, Petrobras et Gazprom ont chacune des points communs qui entretiennent une communauté de vue entre les deux Etats, du moins dans le domaine des matières premières. Depuis les années 2007-2008, Moscou est engagé dans une opération de renforcement de ses relations avec le sous-continent latino-américain, d’abord avec le Venezuela puis, suite à l’effondrement économique de Caracas, avec l’ensemble des pays voisins. Dans ce cadre, le Brésil est un interlocuteur privilégié de la Russie, tant par son influence diplomatique que par sa stabilité politique qui assure à la Russie un approvisionnement continu dans les divers contrats signés. Alors que Moscou veut être moins dépendant de l’Europe et de la Chine, Lula a profité de sa visite du début mai 2010 en Russie pour afficher sa volonté de porter les échanges russo-brésiliens à plus de 10 milliards USD, soit plus du double du montant actuel.

Les relations sino-brésiliennes, en plus de s’inscrire dans cette stratégie de séduction des grandes puissances, portent la marque d’une autre volonté de Lula, celle d’établir le Brésil comme moteur des relations Sud-Sud. Considérant que la Chine est devenue la nouvelle puissance « protectrice » d’une grande partie de l’Afrique, le gouvernement de Brasilia qui cherche à développer les relations avec les pays lusophones d’Afrique – dans un premier temps – cherche à se concilier les bonnes grâces de Pékin pour ne pas apparaitre comme un concurrent dans son « pré carré ». Dans cette optique, la production brésilienne de pétrole que l’exploitation des subsalts du nord devrait largement booster, est le meilleur ambassadeur de la politique de Brasilia tant la Chine est avide de multiplier et de sécuriser ses sources d’approvisionnement. En outre, le Brésil se livre à un intéressant exercice d’équilibriste à l’occasion de la signature de ces multiples accords, se conciliant la bienveillance américaine en Amérique du Sud alors qu’il exprime clairement à Pékin sa volonté de rénover l’ordre économique mondial en abandonnant le dollar comme étalon universel.

Ce ballet diplomatique auprès des grandes puissances est finalement le passage obligé pour tout pays qui voudrait se faire reconnaitre comme régionalement voire mondialement influent. Toutefois au-delà de grappiller de l’influence au sein du G20, le Brésil a également entrepris de démontrer qu’il peut être un véritable acteur de la stabilité mondiale en s’attaquant à la crise iranienne. Bénéficiant de sa position particulière vis-à-vis de Téhéran puisqu’il est le seul des grands pays à ne pas dépendre du pétrole iranien ou à être regardé par le régime des Mollahs comme un ennemi potentiel, le Brésil s’est lancé dans un défi que certains voient comme impossible : concilier les positions de l’Iran et de la communauté internationale.

Avec la Turquie comme intercesseur auprès du régime iranien, Lula a pris son bâton de pèlerin pour négocier un accord avec Téhéran, en espérant que celui-là sera respecté. Profitant de sa position de membre temporaire du Conseil de Sécurité et de puissance nucléaire civile, le Brésil a réussi à faire accepter à l’Iran le principe de la fourniture, via la Turquie, de combustible nucléaire civil. Alors que les membres permanents du Conseil de Sécurité étaient près de prendre des sanctions à l’égard de Téhéran, l’accord Brésil-Iran-Turquie arrive à point nommé et si jamais il venait à être un succès il couronnerait probablement Brasilia comme leader des pays du Sud.

Il faudra probablement plus que la réussite d’un accord avec l’Iran pour voir la création d’un nouveau siège permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU, d’autant plus qu’une telle élévation n’ayant jamais eu lieu, nul ne sait selon quelle formule elle se ferait, transformation d’un siège temporaire ou élargissement du conseil. Il peu bien peu probable que cela arrive pendant le mandat de Lula, mais, comme pour l’économie et le social, il sera sans doute celui qui aura jeté les bases de l’influence internationale du Brésil, si ses successeurs ont la bonne idée de continuer son œuvre.

Nicolas Mazzucchi

Equipe Unasur.Fr

L’équipe d’Unasur.fr accueille Aline Timbert

unasur amerique latine sudDiplômée d’une maîtrise LLCE (Langue, Littérature et Civilisation Etrangères spécialité « Espagnol ») obtenue à la Sorbonne Nouvelle de Paris avec « mention bien », je me passionne pour l’étude des civilisations précolombiennes depuis de nombreuses années, à ce titre j’ai rédigé un mémoire sur ‘L’évangélisation des indigènes du Pérou’ d’après l’œuvre du jésuite José de Acosta  »De Procuranda Indorum Salute.

Fondatrice du site partenaire : www.actulatino.com

Développement : De nouvelles catégories sur Unasur.fr

amerique du sud

Jusqu’ici, Unasur.fr n’offrait que des articles stratégiques issus d’une approche d’intelligence économique. Nous avons décidé de développer un nouvel axe, basé sur l’ouverture de trois nouvelles catégories : Economie, Politique et Sciences.

Ces nouveaux axes ont pour but d’apporter plus d’informations permettant de suivre l’actualité sud-américaine dans son ensemble.

Unasur.fr accueillera très prochainement de nouveaux auteurs spécialistes de l’actualité économique, politique et scientifique. Leur objectif sera de vous fournir toutes les clés de l’actualité latino-américaine.

Serge Sedille,

L’équipe Unasur.fr

Destabilisation: Lorsque les ONGs font barrage a GDF SUEZ

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Début 2010, à l’issue du Forum de Davos, l’ONG Greenpeace a remis à GDF Suez le Public Eye Award de la pire entreprise en matière de responsabilité sociale et environnementale. A cette occasion, elle cristallise l’opération de déstabilisation qu’elle mène contre GDF Suez en Amérique latine.

 

En 2009, après le lancement d’un « Programme d’accélération de la croissance » voulu par le président brésilien Lula, GDF Suez remporte un marché de production d’hydro-électricité avec la construction du barrage de Jirau dans la forêt amazonienne au Brésil. La construction du barrage a cependant eu des impacts sociaux et environnementaux non-négligeables avec le déplacement de populations autochtones et la destruction d’une partie de la faune locale.

 

Greenpeace, alliée à d’autres associations, a dénoncé ces agissements comme pour les  barrages précédents et avec l’agitation qu’on lui connait. Cependant les campagnes menées ont pris des allures de déstabilisation.

 

Un mode opératoire bien défini

Ce qu’il est important de relever dans cette affaire est le modus operandi de la déstabilisation menée par Greenpeace qui n’est pas sans rappeler les opérations de Public Citizen en Argentine et en Bolivie à l’encontre des industriels de l’eau. Le mode opératoire ainsi que les paramètres cible / attaquant / localisation sont identiques en tous points :

-          La cible reste une entreprise française convoitant un marché d’Amérique latine

-          L’attaquant reste une organisation fortement liée aux Etats-Unis

-          Le champ de bataille reste la zone Sud-Américaine.

Le modus operandi, suivi par Public Citizen pour ces déstabilisations en Argentine et Bolivie, a été scrupuleusement décomposé par Christian Harbulot, expert en Intelligence Economique, en 2005. Il a consisté à :

-          Ne jamais monter au créneau seul pour renforcer et légitimer sa prise de parole

-          Donner une dimension internationale à son réseau

-          S’appuyer sur le contexte politique du pays

-          Mener une action d’agit-prop

 

Dans l’affaire qui nous intéresse :

- Greenpeace s’est associée à des associations locales Associação de Defensa Etnoambiental Kanindé, et d’autres plus internationales comme Les Amis de la Terre, Amazon Watch, Survival International et l’association française Fondation France Libertés – Danielle Mitterrand. Elle s’est donc entourée d’un réseau lui apportant de la crédibilité

- De plus, ce réseau lui permet d’exporter le problème au-delà des Amériques.

- La situation éco-géopolitique du pays s’est avérée être un terrain fertile à l’exposition médiatique du cas. Le Brésil, avec son essor économique et le charisme de son président Lula, s’est imposé, ces dernières années, comme un acteur incontournable du G20. Greenpeace bénéficiait alors de toute la lumière portée sur le pays.

- Enfin, à l’occasion du Forum de Davos, pour signifier la préoccupation des politiques et grands décideurs de la planète aux enjeux de la mondialisation, une cérémonie de remise de Public Eye Awards a été instaurée. Les ONG du monde entier nominent, le public vote pour oscariser les entreprises qui n’assument pas leur responsabilité sociale et environnementale. Le prix est assimilé à l’oscar de la honte, un bon moyen d’exposer au monde les agissements des « mauvaises entreprises ». Greenpeace, alors juge et parti puisque l’ONG a nommé  et organisé ces Public Eye Awards, a réussit un coup d’éclat avec la « victoire » de GDF Suez.

 

Après cette mise en parallèle de ces deux opérations de déstabilisation, la question subsistante est l’issue. L’agitation provoquée par Greenpeace aura-t-elle alors le même effet que les opérations de Public Citizen contre les entreprises françaises, à savoir leur départ d’Amérique Latine ?

Une issue plus incertaine

En effet, si le mode opératoire est parfaitement cerné, l’issue reste incertaine et donc la personne à qui profite le crime également. Il n’est pas nouveau qu’une action d’agit-prop soit instrumentée par un gouvernement ou une entreprise qui subventionne ou une institution financière, à l’instar de cas d’écoles tels que CARE.

 

La période à laquelle intervient cette remise de prix est charnière : elle intervient seulement 4 mois avant l’appel d’offre pour le barrage Belo Monte. Ce barrage d’une production de 11 000 mégawatt représentera le 3ème plus grand barrage après celui de la rivière des Trois-Gorges en Chine avec 18 000 mégawatt et celui d’Itaipu au Brésil également avec 14 000 mégawatt. De plus, il assurera une rente au consortium gagnant pour les 30 ans à venir, sachant que le barrage couvrira 11% des besoins énergétiques du Brésil. Certes, cette construction causera autant sinon plus de dégâts en termes d’environnement et de déplacement des populations autochtones mais cette fois des garanties devront être avancées par les entreprises prenant part au projet : elles devront assurer le minimum d’impact socio-environnemental et… avancer 800 millions de dollars en compensation, notamment pour le relogement des quelques 22 000 autochtones.

Ainsi les entreprises candidates doivent faire figure d’entreprises responsables. Le coup porté à GDF Suez intervient à un moment tel que l’entreprise ne peut plus renouveler son image.

 

La question qui est en droit d’être posée désormais est de savoir à qui profite la campagne de déstabilisation. Une manœuvre politique n’est pas à exclure sachant que les prochaines élections auront lieu en octobre prochain. En effet, la mise en œuvre d’un tel projet pourrait être un plus pour le parti travailliste de Lula qui permet de surmonter les crises énergétiques qu’à connu le Brésil. Néanmoins, l’argument du mépris des populations autochtones. L’argument du déplacement des populations étant plus émotionnel, il risque de prendre le dessus.

 

Autrement, il peut s’agir d’une guerre économique menée par une entreprise concurrente qui souhaite acquérir ces parts de marchés. La conquête de marché qu’a effectué GDF Suez n’est pas sans agacer d’autres grands groupes énergétiques. Effectivement, GDF Suez détient 68% de Tractebel Energia, le premier électricien brésilien,  filial née du rachat d’une filiale Electobras, l’entreprise d’état du secteur. Par ailleurs, GDF Suez combine divers savoir-faire industriels lui permettant d’offrir une gamme de produits et de services « intégrés », atouts qu’elle a su mettre à profit pour s’étendre sur tout le territoire et satisfaire à lui seul plus de 7% des besoins en électricité du pays. Les ennemis potentiels sont alors nombreux.

 

Aux vues des enjeux économiques et stratégiques que représente la construction du barrage de Belo Monte pour GDF Suez, Greenpeace détient un réel pouvoir de déstabilisation vis-à-vis de l’entreprise française. Dans le cas d’un affrontement économique, l’élucidation de l’affaire ne saura tarder…le dépôt des candidatures est porté au 20 avril.

 

 

Myriam Farid

 Equipe Unasur.fr

Sources : http://www.infoguerre.fr/edito/les-entreprises-francaises-dans-la-guerre-economique/

http://assets.survivalinternational.org/documents/170/GDF_Suez_FR_.pdf

Brésil : La Puissance par la maîtrise de la Culture

lula amérique du sud

Les cinq étoiles figurant sur le maillot de la sélection nationale brésilienne de football signifient que cette équipe a déjà gagné cinq fois la coupe du monde, et contribuent à nous montrer que le Brésil est un pays qui forme de très bons joueurs de football. Chacune de ces victoires à été une occasion de faire connaitre au monde entier le visage multiple, l’esprit d’ouverture et le pacifisme du peuple brésilien. Cependant, l’image romantique d’un peuple mu par les joies simples du sport et de la musique est assez réductrice de ce qu’est le Brésil.

En effet, la dernière victoire du Brésil remonte à 2002, soit un an après les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis. On peut dire d’une manière consensuelle que l’organisation mondiale et les rapports de force entre puissances ont énormément évolués depuis cette date. La récente crise traversée par l’économie mondiale n’a fait qu’amplifier la tendance déjà révélée lors de ces événements. Il est incontestable que nous nous dirigeons vers une gouvernance mondiale multipolaire, sortie de la suprématie du modèle anglo-saxon porté par les Etats-Unis. On a observé ces dernières années la montée en puissance (ou la remontée) dans le monde économique de pays tels que la Chine, l’Inde, la Russie, le Brésil ou encore l’Afrique du Sud. Mais pour assoir sa puissance, la simple force économique ne suffit pas. Au nombre des éléments qui permettent de faire rayonner la puissance d’un pays, à l’instar d’un siège au conseil de sécurité de l’ONU ou la participation à des actions de maintient de la paix, on peut compter l’organisation d’événements sportifs de portée internationale.

A l’heure actuelle, le Brésil est le champion du monde de la captation de ce type d’événements. En effet, après avoir organisé les Jeux Panaméricains à Rio en 2007, il a obtenu successivement  l’organisation de la Coupe du Monde de football 2014 et celle des Jeux Olympique 2016 qui se déroulerons à Rio. Du jamais vu jusqu’à ce jour ! Or l’obtention de l’organisation de ces évènements par le Brésil n’est pas anodine, ni le fait d’une « main de Dieu » qui serait venue à point nommé pour orienter le choix des décideurs. Ces deux victoires successives sont le fruit d’une volonté délibérée, structurée et affichée d’assoir l’emprise de la puissance Brésilienne à un niveau régional, et bien sûr mondial. Notons que l’engagement sans faille de l’appareil d’Etat au service des candidatures du Brésil pour l’organisation de ces événements de portée internationale à constitué un facteur clef de succès.

La candidature pour la Coupe du Monde FIFA 2014 du Brésil

L’analyse du processus qui a mené le Brésil à obtenir l’organisation de la Coupe du Monde FIFA 2014 permet de mettre en avant une stratégie d’anticipation et d’utilisation de relais d’influences. En effet, pour être le seul soumissionnaire, et donc être élu d’office, le Brésil a éliminé les velléités des autres pays d’Amérique Latine à soumissionner une offre. Rappelons qu’il était acquit que la Coupe du Monde FIFA 2014 se jouerai sur le continent Latino-américain, conformément au système informel de distribution géographique de la compétition. Ainsi la stratégie du Brésil à été, non pas de se battre contre des candidatures concurrentes mais d’en empêcher l’existence même.

Pour ce faire, le soutien de figures charismatique brésiliennes, telles les footballeurs Romario et Dunga ou encore le romancier Paulo Coelho, a permis d’apporter une forte visibilité à la candidature brésilienne. Mais ce qui a réellement fait la différence s’est passé hors du champ des caméras, en deux phases bien distinctes.

Dans une première phase, la Confédération Brésilienne de Football (CBF) a dû contrer l’unique concurrent potentiel face à elle, la candidature de la Colombie. Pour y parvenir, elle s’acquiert de nombreux soutiens au sein de la Confédération Sud-Américaine de Football (CONMEBOL) dans laquelle elle dispose d’un réseau déjà bien établi. De même, la CBF développe son réseau au sein de la FIFA, tout d’abord par le truchement de Ricardo Teixeira, son président, qui dispose d’un siège au comité exécutif de l’instance mondiale, et aussi par Joao Havelange, président d’honneur à la FIFA. Le président de la fédération colombienne, ayant prévenu que si sa candidature n’avait pas le soutient de la CONMEBOL, elle n’aurait pas de suite positive, se retrouve ainsi dans une situation d’échec. De fait, face à cette « guerre préventive » d’influence menée par le Brésil, la Colombie bat en retraite avant même la finalisation du processus de dépôt de sa candidature.

La deuxième phase a consisté à tacler la volonté naissante de la Bolivie a déposer une candidature. Pour ce faire, la CBF à pesée de tout son poids sur la FIFA, notamment par les relais déjà cités, sur une thématique normative concernant l’altitude maxiacmale à laquelle peuvent se jouer les matchs de standard FIFA, à savoir un abaissement à 2500 mètres d’altitude. Cette décision a été prise suite à l’annonce du club brésilien de Flamengo qui a déclaré qu’il ne jouerait plus en altitude, après que plusieurs de ses joueurs eurent besoin d’oxygène pendant un match à 4000 mètres d’altitude. Ainsi, la Bolivie, à l’instar des autres pays andins, s’est retrouvée techniquement incapable de présenter une candidature. Cette mesure à été très mal accueillie par la Bolivie et d’autres pays, tels que l’Argentine, le Paraguay, la Colombie, le Pérou ou encore l’Équateur. Mais Lula, en appelant à l’unité de l’Amérique Latine et en obtenant de Hugo Chavez qu’il effectue une tournée des pays andins pour apaiser la situation, est parvenu à ce que cette décision normative ne soit pas remise en cause avant la date butoir du dépôt des candidatures.

Ainsi, par des manœuvres d’influence au sein d’organisations régionales et internationales, et des orientations normatives, toutes appuyées par le gouvernement, la candidature brésilienne a été la seule présentée à la FIFA, et de fait déclarée victorieuse.

La candidature pour les  Jeux Olympique 2016 de Rio

Pour obtenir l’organisation des Jeux Olympiques 2016 à Rio, la compétition à été plus complexe, et les moyens engagés plus conséquents.  De plus, la volonté politique mise en œuvre au plus haut niveau de l’Etat, et les engagements pris par les pouvoirs publics brésiliens, ont été déterminant dans le succès du Brésil. Contrairement au cas de figure de la candidature du Brésil pour la Coupe du Monde 2014, la candidature de Rio pour les JO 2016 était en compétition avec trois autres candidatures : celles de Madrid, Chicago et Tokyo. Ainsi, la compétition pour l’obtention des JO 2016 ne s’est pas déroulée en plusieurs phases, mais c’est produite simultanément sur plusieurs champs de bataille. Soulignons que pour orchestrer ses manœuvres, le Comité Olympique Brésilien (COB) s’est alloué les services du président de cabinet de communication Vero Communication, Mike Lee, qui était membre du comité de la candidature victorieuse de Londres 2012. La compétition à eu lieu tous azimuts, prenant en compte des thématiques variées.

En termes d’image, la candidature a su jouer sur deux répertoires différents qui sont ceux de « Jeux verts, pour une planète bleue » et le sentiment de culpabilité des occidentaux sur leur accaparement historique de l’évènement. Pour ce faire, le COB à listé de nombreux éléments dans sa candidature portant sur l’économie durable, le social et l’environnement avec notamment des projets de reboisement, d’aide social, de recyclage, d’accès aux handicapés, le tout reprenant la dialectique même des pays occidentaux. De la même façon, le COB à mis en parallèle les valeurs d’universalisme revendiqué par les Jeux Olympique et la réalité géographique de leur organisation, à savoir aucune organisation dans les pays dits « du Sud », à part en Chine.  Ainsi la COB a su jouer sur une fibre émotionnelle portant sur la contradiction entre l’obtention des jeux par un pays autre que le Brésil et les valeurs revendiquées par l’évènement.

Mais, évidement, la pression émotionnelle ne suffit pas à elle seule pour obtenir l’organisation de Jeux Olympiques. C’est pourquoi, le COB et tout l’appareil d’Etat brésilien ont également mis en avant des éléments beaucoup plus tangibles, à savoir des bénéfices économiques et politiques pour tous ceux qui soutiendraient la candidature brésilienne. Les arguments économiques ont été essentiellement opposés aux pays dit « du Nord », alors que les arguments politiques l’ont été à ceux dit « du Sud ».

Les arguments économiques étaient essentiellement composés de deux volets. Le premier est l’investissement public non lié aux jeux (240 Milliards US en 4 ans) dans les infrastructures générales et les équipements nationaux. Le second est un environnement juridique et réglementaire sécurisant pour les investisseurs et favorable au climat des affaires, mis en place par l’administration de Lula. Ces deux éléments mettent en valeur l’attrait économique que représente le Brésil ainsi que son accessibilité. Cependant, Lula a présenté l’adhésion à la candidature brésilienne des pays voulant faire des affaires sur le territoire national comme une condition sine qua non pour accéder au marché brésilien. Ainsi, à titre d’exemple, les responsables et les délégués français du Comité International Olympique avaient rencontré Lula lors des négociations entre le France et le Brésil portant sur l’achat par celui-ci de 36 avions de chasse Rafales.

La base du discours politique en vue de trouver des soutiens auprès des pays dits « du Sud » était un discours tiers-mondiste, dont le Brésil est aujourd’hui la figure de proue. Trois vecteurs ont été utilisés pour diffuser ce message. Le premier est le COB qui à rencontré son homologue dans de nombreux pays défavorisés tels que la Syrie, la Gambie, l’Ouganda, la Guinée ou encore le Nigeria. Le second vecteur est le réseau diplomatique dont dispose le Brésil dans les pays défavorisés, notamment en Afrique, qui a d’ailleurs connu une forte expansion ces dernières années. Enfin, le troisième vecteur est Lula lui-même qui à pu distiller les ambitions tiers-mondistes du Brésil lors de sommets tels que le Sommet Afrique/Amérique du Sud (ASA), ou encore le sommet Inde/Brésil/Afrique du Sud (IBSA). Ces vecteurs ont tous permis au Brésil de revendiquer que, étant donné que les candidatures concurrentes émanaient exclusivement de pays industrialisés, le seul moyen que les pays en développement ont de se faire entendre est de voter pour la candidature du Brésil.

On peut noter aussi que, en plus de chaque lutte exemplaire menée sur chacun des échiquiers sociétal, économique et géopolitique, la candidature du Brésil a eu le formidable avantage d’être soutenu avec force et conviction par le président Lula. En effet, ce dernier c’est plié de bonne grâce aux exigences du Comité International Olympique  en assurant une mobilisation consistante derrière la candidature de son pays. Pour illustrer cette attitude notons que le président Lula avait de longue date programmé sa participation à la délibération du jury qui a eu lieu à Copenhague, alors que la présence de Barack Obama avait été jugée tardive et opportune. C’est donc un Brésil méritant qui à obtenu l’organisation des Jeux Olympiques 2016.

Quels résultats, pour quelles perspectives ?

Notons que le Brésil est tellement méritant, tourné vers l’extérieur, et près à jouer le jeux des puissances internationales en place, que depuis 2006, pour la première fois dans l’histoire du pays, les investissements directs étrangers des entreprises brésiliennes, ont dépassé ceux des entreprises étrangères au Brésil.

Ainsi on peut observer que « l’expansion sportive » du Brésil s’inscrit dans une démarche d’expansion nationale globale, aussi bien à l’échelle régionale qu’internationale. On a pu remarquer que pour l’obtention de ces évènements sportifs de portée internationale, le Brésil à su mobiliser les ressources et mettre en œuvre les moyens nécessaires à ce qui peut être assimilé à une politique de conquête. La mobilisation des sphères politique, diplomatique, économique et sociétale coordonnée par des acteurs compétents a su donner toute son ampleur et sa crédibilité à la volonté du Brésil de jouer un rôle d’égal à égal avec ses pairs industrialisés.

Le Brésil apprend vite et obtient de rapides retours sur investissement. Il utilise toutes les méthodes développées par les pays industrialisés pour pourvoir à son propre développement. Il cultive et développe aussi sa propre identité et entend la faire connaître et respecter. Mais le Brésil n’est pas pour autant fermé aux collaborations, et il revient donc aux dirigeants des nations industrialisées de s’inscrire dans se formidable élans de dynamisme. Peut être pouvons participer et orienter l’émergence d’un « brazilian dream » ?

Thomas Pitrat

Equipe Unasur.fr

Le Brésil à la conquête des institutions internationales

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Nul ne peut plus remettre en cause l’idée qu’il existe aujourd’hui des puissances économiques consistantes autres que les Etats-Unis ou le bloc de l’Europe. Il est communément accepté que certains pays en développement, maintenant appelés pays émergents, ont de plus en plus de poids dans les échanges commerciaux mondiaux. Les pays visés sont généralement ceux inclus dans le groupe « BRIC », pour Brésil, Russie, Inde et Chine. Malheureusement, l’acronyme BRIC n’est souvent entendu que comme une liste de pays dont les économies sont sans conteste florissantes, mais indépendantes les unes des autres, tournées exclusivement vers les pays dits « du Nord ».

Cette vision de l’évolution de l’environnement international est extrêmement réductrice, et surtout pernicieuse, dès lors que l’on se situe du coté des pays dits développés. En effet, on peut constater que non seulement les échanges commerciaux entre les pays dit « du Sud » ont connu un grand essor ces dix dernières années, mais aussi que les relations politiques entre ces pays se sont considérablement développées. Un des leaders de ce rapprochement entre pays du Sud est incontestablement le Brésil, en quête d’un jeu paritaire avec les puissances occidentales et dont le graal est un siège permanent au Conseil de Sécurité des Nation Unies. Le Brésil affirme aujourd’hui sa volonté de puissance en adoptant une attitude proactive en terme économique, politique et militaire, et cherche à donner une consistance à l’idée d’un monde multipolaire.

A l’instar du mouvement des pays non-alignés (NAM) né dans le contexte de la guerre froide opposant Etats-Unis et URSS, et qui présente une vision idéologique de « lutte contre l’impérialisme, le colonialisme, le néocolonialisme, la ségrégation, le racisme, le sionisme, et toute forme d’agression étrangère », comme indiqué dans la « Déclaration de la Havane » de 1979, le Brésil joue le jeu des institutions internationales en place, appuyé par de nouvelles alliances Sud-Sud dont il est à l’initiative.

1-    Le Brésil nouvel acteur majeur à l’OMC

Il aura fallu moins de dix ans au Brésil, depuis son entrée à l’OMC en 1995, pour en devenir un acteur majeur. Son principal fait d’arme est d’y avoir changé la dynamique des négociations dans le domaine de l’agro-alimentaire. En effet, le Brésil a participé activement au basculement du modèle « Blair House »  (ce que les Etats-Unis et l’Europe décident seuls, ou avec l’Australie, est appliqué à tous) vers un modèle multilatéral de négociation en poussant les Etats-Unis et l’Europe à négocier au sein du NG-5 (le non-groupe des 5, composé du Brésil et de l’Inde, et de fait des Etats-Unis, de l’Europe et de l’Australie).

Pour ce faire, le Brésil, en tête, avec l’appui de l’Inde et de l’Afrique du Sud, a su mobiliser une vingtaine de pays en développement, représentant plus de 60% de la population mondiale, à la veille du sommet de Cancun en 2003 pour la 5ème conférence ministérielle de l’OMC. Leader dans ce groupe du G20, le Brésil a fait du dossier agricole sa priorité et a réussi tout au long des négociations à maintenir l’unité de ce groupe. Cette action mènera les négociations à leur échec et obligera les « décideurs » à élargir leur cercle de commandement.

Le bénéfice que tire le Brésil de cette manœuvre, mis à part le bénéfice commercial, est double. D’une part, il acquiert une place d’interlocuteur privilégié auprès des décideurs originels et augmente son pouvoir de négociation relatif. D’autre part, il se place en référent vis-à-vis des pays en développement moins importants.

Preuve en est la défense du dossier du coton en faveur de pays Africains –mais aussi du Brésil- à l’encontre des Etats-Unis concernant les subventions accordées par Washington à ses producteurs de coton, ou encore le dossier du sucre initié par le Brésil, la Thaïlande et l’Australie contre l’Europe. Le Brésil est sorti vainqueur par deux fois de ces confrontations.

Ainsi on voit comment le Brésil une fois intégré dans un système, réussi très rapidement à en comprendre la mécanique et à en tirer profit.

2-    Le Brésil à l’initiative des nouvelles alliances Sud-Sud

Le Brésil sait cependant qu’il ne peut pas faire cavalier seul, ainsi il multiplie les alliances, tant au niveau régional qu’au niveau intercontinental. Au nombre de ces alliances, on peut citer l’UNASUR (Union des nations sud-américaines) qui est une transposition de ce qu’est l’Union  Européenne à l’Amérique du Sud à laquelle vient s’ajouter la récente création de la Banque du Sud qui concurrence le FMI et la Banque Mondiale ; l’IBAS (Inde-Brésil-Afrique du Sud) qui est l’association de trois puissances régionales sur trois continents dont on peut dire qu’elle est à l’origine du succès du G20 ; et l’ASA (Afrique-Amérique du Sud) créée sous l’impulsion commune du Nigéria et du Brésil. Un rapprochement significatif s’opère également entre le Brésil et les pays de la Ligue Arabe.

Ainsi, on peut voir que le Brésil, fort de ces 1100 diplomates (contre 6000 pour la France)  développe de manière exponentielle ses relations extérieures depuis l’investiture du président Lula en 2003. Pour illustrer ce fait, en plus de la création des alliances Sud-Sud précitées, on peut aussi faire état de l’ouverture de 17 ambassades en Afrique entre 2003 et 2006.

En étant à l’initiative du renforcement des relations politiques et économique entre Etats du Sud, le Brésil parvient à marquer le tempo des débats avec les pays du Nord et se place en chef de file des négociations.

3-    Le Brésil force de maintien de la paix

Pour compléter ses velléités d’accession à un statut de grande puissance internationale, et comme on a pu le remarquer dans son hyperactivité diplomatique, le Brésil a également intégré que pour parvenir à ce stade il lui faut aussi se présenter comme une force de maintien de la paix.

Le Brésil a déjà à son actif deux réussites majeures qui jouent en sa faveur sur ce terrain. Il s’agit de son succès au sein de la MINUSTAH (Mission des Nation Unies pour la stabilisation en Haïti) qui est en cours mais dont les résultats sont déjà positifs. Le Brésil c’est aussi illustré en qualité de médiateur dans le différend opposant le Venezuela à la Colombie à propos des bases américaines implantées en Colombie. De la sorte, le Brésil se présente également sur le terrain des problématiques militaires comme adoptant une politique d’intégration et non de confrontation.

Cependant, le Brésil, fort de ces revenus générés par son exploitation pétrolière et ces exportations agricoles -qui lui ont entre autre permis de rembourser l’intégralité de sa dette extérieure- a lancé un programme de modernisation de son armée. En effet, le pays a besoin en premier lieu de protéger les ressources fossiles découvertes récemment au large de ses côtes et en second lieu de se doter d’une armée consistante avec une force de projection à l’international. C’est ainsi que la France a signé en décembre 2008 un contrat de près de 9 milliards d’euros pour la vente d’hélicoptères et de sous-marins. Lors de la négociation de ce contrat il a aussi été question de l’acquisition par le Brésil d’avions de chasse. Les volumes financiers consacrés au réarmement du Brésil sont significatifs de sa volonté à exprimer sa puissance.

Le Courrier International du 29 Octobre 2009 présente un dossier intitulé « le Brésil : Portrait d’un pays qui gagne ». Ce « dossier » de 5 pages est une sorte d’inventaire à la Prévert –incomplet- d’un certain nombre de réussites du Brésil, comme l’obtention des Jeux Olympiques de 2016, et de ces ressources naturelles ; tout ceci étant assez romantique. On n’y voit à aucun moment l’idée d’une stratégie globale du Brésil pour devenir une force d’influence majeure au niveau mondial. L’issue des négociations intergouvernementales lancée le 29 Février 2009 par l’assemblée générale des Nations Unies, visant la réforme de son Conseil de Sécurité et l’attribution éventuelle de nouveaux sièges permanents sera révélateur de la qualité du travail de l’ensemble des acteurs de la politique extérieure du Brésil.

Thomas Pitrat

SOURCES

Toutes les sources visées ont été visitées entre le 1er et le 8 Novembre 2009.

http://editions-sources-du-nil.over-blog.com/article-36531935.html

http://medelu.org/spip.php?article275

http://lci.tf1.fr/monde/amerique/2008-12/sarkozy-vend-des-contrats-militaires-a-lula-4903969.html

http://static.rnw.nl/migratie/www.bureauafrique.nl/dossiers/afrique/bresil20090427-redirected

http://extranet.senat.fr/rap/r07-482/r07-48213.html

http://fr.shvoong.com/law-and-politics/1694053-afrique-du-sud-br%C3%A9sil-inde/

http://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_des_non-align%C3%A9s

http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/omc/cancun.shtml

http://www.rfi.fr/actufr/articles/083/article_47810.asp

http://www.un.org/french/peace/peace/cu_mission/minustah/facts.html

http://www.franceonu.org/spip.php?article3768

http://www.global-pythie.com/article-16348445.html

http://www.interet-general.info/article.php3?id_article=4505

http://www.franceonu.org/spip.php?article3768

http://www.wto.org/english/res_e/booksp_e/casestudies_e/case7_e.htm

http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20090926094159/-diplomatie-Bresil-cooperation-Asa-L-Afrique-laboratoire-de-la-puissance-montante-du-Bresil.html

http://fr.allafrica.com/stories/200910020524.html

L’équipe d’unasur.fr s’agrandit : Isabelle Le Guay‏ nous a rejoint

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Unasur.fr accueille Isabelle Le Guay dont voici une brève présentation.

Récemment diplômée de l’école de commerce EPSCI du Groupe ESSEC, Isabelle intègre l’Ecole de Guerre Economique pour l’année 2010. Ses nombreux séjours passés à l’étranger, dont les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Angleterre et l’Amérique du Nord la poussent naturellement à s’intéresser aux différences culturelles. Le site UNASUR représente ainsi pour elle un moyen de matérialiser cette réflexion autour de l’actualité géopolitique d’un continent entier. Isabelle intègre ainsi l’équipe d’unasur.fr en septembre 2009, et rentre officiellement dans l’équipe ce mois-ci.

Le changement climatique, levier de puissance pour Lula ?

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La Conférence des Nations Unies sur le changement climatique, qui s’est tenue à Copenhague du 7 au 18 décembre 2009, s’est vue cristallisée comme « le » sommet de la dernière chance face au réchauffement.Le Brésil n’a pas ménagé ses efforts : élément moteur du sommet de Manaus fin novembre 2009, Lula a travaillé avec son homologue français Sarkozy sur la « bible climatique », duquel ressort la volonté de réduire de 50% les émissions de gaz d’ici 2050, ainsi que la promotion d’une Organisation Mondiale de l’Environnement capable de faire appliquer les engagements portés par les différents Etats-membres. La même thématique est traitée au sommet du Commonwealth, à laquelle participe le Brésil et la France. Le sommet de Copenhague ne fait parallèlement toutefois pas la une des médias du reste du continent. Les autres pays sud-américains semblent effectivement relativement indifférents à la nouvelle cause portée par le président brésilien.

A Copenhague, la confusion aura été au menu de ces douze journées. Maladresses diplomatiques de l’hôtesse danoise vis-à-vis des négociateurs désignés, discussions parallèles entre dirigeants, notamment entre les Etats-Unis et la Chine ou encore évacuation des ONG dès la neuvième journée alimentent l’actualité. C’est in extremis que les chefs d’Etat ébauchent un texte allégé à plusieurs reprises. Faute de consensus, le texte devra être représenté au sommet de Mexico qui se tiendra dans un an.

Les avis divergent quant au bilan à tirer de Copenhague. Les espoirs largement entretenus par les ONG et les medias complétés par les piètres résultats tendent à dresser un tableau pessimiste. Ce sommet permet toutefois de marquer les consciences des dirigeants étatiques sur l’urgence climatique avant le sommet de Mexico qui se tiendra dans un an. Néanmoins, l’activisme de certains pays contrastait étrangement face à l’indifférence d’autres, parfois plus attendus. Le Brésil, quant à lui, a fait figure de moteur. Applaudi durant son intervention, son président Lula a exhorté ses homologues à ne pas faire prévaloir leurs intérêts nationaux et à aider financièrement les pays en voie de développement.

Le Brésil est un grand producteur d’énergies renouvelables. En 2008, la part de la production en énergies renouvelables s’élève à près de 45%, contre 6% de moyenne dans les pays de l’OCDE. En matière de production électrique, celle-ci se compose, en 2008, à 83,4% d’énergies renouvelables. L’hydroélectricité y représente 79% et sa plus grande centrale, nationale, fournit près d’un tiers des ressources hydroélectriques. La biomasse est loin derrière, à seulement 4,3% de la production électrique du pays, soit tout de même 20 TWh par an.

Ce développement spectaculaire des énergies renouvelables est justifié par une politique d’indépendance énergétique en place depuis trente ans. Ainsi, sa capacité de production lui permet d’atteindre une autosuffisance avoisinant les 90%. Pour tendre vers cet objectif, le Brésil a ainsi lancé, dans le cadre de son plan pluri-annuel 2000-2003, un projet national d’un montant autrefois estimé à 43 milliards de dollars : Avança Brasil. Il a également contribué à la création d’initiatives continentales, telles que l’Intégration de l’Infrastructure Régionale Sud-Américaine (IIRSA). Lancée en septembre 2000 par le prédécesseur de Lula, ce projet vise à connecter les ressources naturelles avec les grandes villes du continent par des axes d’intégration et de développement régionaux, dont certaines d’entre elles seront connectées aux principales zones partenaires.

Ces initiatives ambitieuses permettent au Brésil de répondre à sa croissance en termes de consommation énergétique. Celui-ci fait donc office d’exemple en la matière. A la lumière de ces informations, nous pouvons donc comprendre le soutien de Lula pour les énergies renouvelables durant le sommet de Copenhague. Ce positionnement en tant que leader diplomatique sur le réchauffement climatique, une thématique d’envergure mondiale dont l’ampleur ira croissante, permettrait par ailleurs au Brésil de peser davantage sur la scène internationale. Les conséquences des décisions prises auront nécessairement un impact économique important. Le Brésil doit conserver l’avance technologique acquise en matière de biocarburants en l’exportant. Exportation largement facilité si un accord venait à être signé dans le cadre d’un sommet mondial. La simplicité d’implantation des biocarburants dans la chaine de consommation et son bas coût le positionnent actuellement en tête du marché.

Ces informations mettent donc en évidence les intérêts à la fois économique et diplomatique que le Brésil peut porter à la démocratisation mondiale des énergies renouvelables, à travers le message de la lutte contre le réchauffement climatique. A ce niveau, des ONG telles que Greenpeace lui reprochent de tenir un double discours. En effet, la création d’axes de transport pour la construction de centrales hydroélectriques a favorisé la déforestation (cf. le cas Belo Monte), augmentant de fait les émissions de CO2. Quant à la production intensive de bioéthanol, celle-ci expose la denrée alimentaire qu’est la canne à sucre à une spéculation boursière autrement importante. C’est d’ailleurs un des objectifs stratégiques du secteur privé et du gouvernement que de transformer le bioéthanol en commodity. Lula s’est pourtant verbalement engagé à atteindre des objectifs optimistes de réduction des émissions de CO2 d’ici 2020 : de 36,1% à 38,9% par rapport au niveau de 2005. La déforestation étant le principal accusé, c’est donc 80% de l’activité de déforestation qu’il faut réduire, la période 1995-2005 servant de référence. Or ce n’est qu’à partir des années 2000 que le phénomène prend une réelle ampleur pour atteindre un pic en 2004. Depuis, les chiffres ne cessent de baisser : la réduction n’est plus que de 34% si l’on compare cette moyenne au taux de déforestation de 2008. Cela relativise l’ambition du Brésil sur ce terrain. Cette ambition est d’autant plus relative que le Brésil est éligible au Mécanisme pour le Développement Propre. Ce mécanisme économique vise à attirer les entreprises technologiques à investir dans les pays en développement pour favoriser la réduction des émissions de CO2.

Dans la foulée du sommet de Copenhague, le président Lula a concrétisé ses paroles en promulguant une loi sur la limitation des émissions de CO2. Ce mois de janvier apportera des précisions sur les secteurs de l’agriculture, de l’industrie, de l’énergie et de l’environnement.

Isabelle Leguay

Equipe Unasur.fr

Brésil : La puissance en douceur

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A Paris pour quelques jours, M. Luciano Coutinho, président de la BNDES, plus importante banque publique du Brésil, donnait le 3 novembre une conférence à la Sorbonne sur « Les perspectives de l’économie mondiale et brésilienne ». Cette conférence a été l’occasion de voir les positions d’un des leaders de la finance brésilienne, les volumes d’argent brassés par la BNDES représentant cinq fois ceux de la Banque Mondiale. Au-delà des aspects purement financiers de cette conférence, l’on pouvait voir se dessiner en filigranes l’esquisse d’une nouvelle puissance régionale aux volontés globales affirmées.

Au niveau purement financier, le Brésil, comme l’Inde et la Chine, a si bien su naviguer au travers de la crise qu’un retour de la croissance de son PIB, modeste certes, était observé dès la fin du second trimestre de cette année. Les causes en sont multiples : moindre dépendance au dollar, dynamisme général d’une économie émergente, banques publiques puissantes et volonté de sévèrement réguler l’économie nationale, peuvent être autant d’explications de cette bonne santé économique.

Néanmoins ce sont plutôt les conséquences qui nous intéressent ici. Comme le faisait remarquer L. Coutinho, ce sont maintenant les économies dites « émergentes » qui tirent l’économie mondiale vers le haut alors que les économies « développées » semblent devoir rester à la traîne.

Le Brésil peut s’appuyer sur des secteurs forts pour continuer son essor, principalement dans l’énergie. Que ce soit dans l’extraction avec Pétrobras ou dans la production pure avec Electrobras, le Brésil a, à l’instar de la Russie, de sérieux atouts. Toutefois la grande différence entre le Brésil et la Russie au niveau énergétique est la grande diversification qu’on observe au sein du portefeuille énergétique brésilien : charbon, hydroélectricité, biomasse, solaire, éolien, nucléaire… Le Brésil s’affirme aussi comme un des pays les plus en pointe en matière d’énergies renouvelables.

Le Brésil, selon le président de la BNDES, est néanmoins totalement conscient de cette dépendance au marché de l’énergie et des matières premières (agricoles notamment). Toujours selon L. Coutinho, une grande politique de développement de l’industrie de pointe est à l’œuvre au Brésil pour transformer le pays d’exportateur de matières premières en véritable puissance globale. Ainsi les contacts noués avec les grands groupes européens et américains dans les domaines de l’aéronautique ont pour but affiché de transformer le champion national Embraer en véritable compétiteur mondial. Dans cette optique, la modernisation du parc d’avions de chasse, compétition dans laquelle est engagée la France via Dassault, doit aussi s’accompagner de transferts de technologies aéronautiques.

Si l’on ajoute à ces avantages économiques une stabilité politique maintenue depuis près de 15 ans, on comprend pourquoi le Brésil apparaît de plus en plus comme une vraie puissance régionale attractive. Ceci est d’autant plus vrai que l’Unasur apparaît aujourd’hui paralysée et que l’hégémonie d’Hugo Chavez en Amérique du Sud est dramatiquement liée au cours du baril de pétrole.

Le Brésil, loin de ces éclats médiatiques et de cette pression diplomatique agressive sur ses voisins a su se rendre indispensable en Amérique du Sud, devenant un modèle et même plus pour nombre d’Etats. Grâce à une économie attractive et une diplomatie patiente, le Brésil est devenu le premier ou l’un des premiers partenaires commerciaux de ses voisins (Argentine, Uruguay, Chili…), créant une vraie domination économique régionale. Celle-ci est d’autant plus impressionnante que le pays est la seule économie de la région qui ne soit pas quasi-exclusivement tournée vers les matières premières.

Ainsi le Brésil sait devenir une puissance en douceur, par la séduction et l’attractivité plus que par la contrainte, une vraie application du soft power de Joseph Nye. Le Brésil se développe doucement mais surement, se transformant petit à petit en une économie avancée. Après tout n’est ce pas normal pour un Etat dont la devise est ordem e progresso, ordre et progrès ?

Auteur : Nicolas Mazzucchi

Equipe Unasur.fr

le Brésil, arbitre de l’affrontement Venezuela-Colombie

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Alors qu’Hugo Chavez faisait ses premiers pas de vedette cinématographique à Venise il y a quelques jours, la nature et le montant des différents contrats conclus par le président vénézuélien lors de sa tournée eurasiatique sortaient dans la presse internationale. Dans une grande tradition qui n’est pas sans rappeler les grandes heures de l’URSS, le gouvernement russe a conclu un accord avec H. Chavez portant sur l’accès aux gisements pétrolifères vénézuéliens contre des facilités de crédit en matière d’achat d’armes lourdes.

Bénéficiant des 2es réserves mondiales de pétrole, selon des estimations toujours contestées, le Venezuela est un partenaire plus qu’intéressant pour Moscou. En effet, tant par l’ampleur de ses réserves que par sa qualité de membre fondateur de l’OPEP, organisme que la Russie rêve d’intégrer, Caracas a, en outre, une orientation en politique internationale compatible avec les visées russes. Etat leader de l’opposition aux Etats-Unis en Amérique du Sud, opposition de plus en plus visible, le Venezuela voit dans Moscou le compagnon de lutte idéal pour en finir avec la mainmise américaine sur l’ensemble du continent américain.

Depuis la création de l’UNASUR en 2008, il semblerait bien qu’Hugo Chavez ait réussi à trouver le cadre continental qui lui manquait jusqu’ici pour faire entendre son opposition à la doctrine Monroe. Agrégeant autour du Venezuela un nombre toujours plus grand d’Etats revendiquant véritable identité sur la scène internationale, Caracas n’en poursuit pas moins une politique étrangère qui lui est propre.

En matière énergétique, tout en favorisant les rencontres entre pays arabes et sud-américains, le Venezuela signe avec la Russie un accord d’un milliard de dollars portant sur l’exploitation des gisements de l’Orénoque. Dans le même temps Hugo Chavez rêve de la création d’un grand cartel gazier mondial avec des pays proches de Moscou (Iran, Russie, Syrie, Algérie…). Voulant transformer sa puissance économique en puissance militaire, il n’est pas étonnant qu’Hugo Chavez se soit tourné vers son partenaire russe afin de parfaire son parc de blindés et de défenses anti-aériennes et anti-missiles.

Toutefois le Venezuela est loin d’être le seul Etat d’Amérique du Sud engagé dans une telle logique. La Colombie tout d’abord, sœur-ennemie du Venezuela, de plus en plus isolée dans son alliance avec les Etats-Unis, regarde comme toujours vers Washington. Le gouvernement américain, même s’il dénonce la course aux armements du Venezuela, équipe lui aussi de son côté la Colombie, dernier bastion de l’influence étatsunienne dans l’UNASUR.

Cette posture unique parmi les Etats sud-américains n’est pas sans provoquer des heurts puisqu’un sommet extraordinaire de l’UNASUR a du être organisé en catastrophe en Argentine à la fin du mois d’août sur la question des bases américaines en Colombie, destinées officiellement à lutter contre les cartels de la drogue. La présence d’une grande masse de troupes fortement armées le long de la frontière entre Venezuela et Colombie représente, malgré l’existence de l’UNASUR, un risque important de conflit, ce qu’H. Chavez ne manque jamais de rappeler.

Dans le même temps, un troisième Etat de la zone cherche lui aussi à acheter de grandes quantités de matériels militaires : le Brésil. Celui dont on dit qu’il est le plus faible des BRICs n’en reste pas moins un Etat puissant, le plus peuplé de la région et disposant de l’économie la plus dynamique. Alors que Lula n’a jamais tenté de s’imposer à la tête de l’UNASUR, rôle qui aurait pourtant dû logiquement être dévolu au Brésil au vu de sa puissance, Brasilia affiche aujourd’hui une volonté plus ferme de ne pas se laisser distancer en matière militaire par les Etats hispanophones. La récente visite de N. Sarkozy avait en effet pour but de faire pencher la balance du côté français dans l’appel d’offre lancé par le Brésil pour l’acquisition d’une trentaine d’avions de combat de dernière génération. Contrairement à ses voisins, le Brésil cherche à acquérir la technologie, en plus des matériels eux-mêmes. Voulant par là-même développer de manière accélérée son industrie d’armements et d’aéronautique, après l’échec du blindé national Osorio dans les années 90, Lula vise une politique de plus long terme qui a aussi le mérite d’apparaître moins agressive sur le plan international.

Au moment où l’Amérique du Sud commence à devenir un véritable terrain d’investissement et alors qu’elle pourrait apparaître grâce à l’UNASUR comme plus unie que jamais, elle est aussi le terrain d’une véritable course aux armements. Le sous-continent pourrait ainsi devenir un lieu d’affrontement d’influence russo-américain où le Venezuela reprendrait le rôle naguère tenu par un Cuba à bout de souffle aujourd’hui. Toutefois la grande nouveauté vient du Brésil qui, timidement et sans les éclats sonores d’un Chavez, affirme aujourd’hui sa volonté de puissance.

Auteur : Nicolas Mazzucchi

également publié sur polemos.fr sous le titre : la course sud-américaine aux armements.


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