Catégorie: Actualité
Alors que l’Amérique du Sud fait figure de nouvel eldorado, les gouvernements se dotent de mesures destinées à protéger leurs économies de l’invasion de produits étrangers.
L’Amérique du Sud, sans être épargnée, semble résister à la crise. Sacrée sixième économie mondiale en 2010, devant le Royaume Uni, avec 7,5% de croissance et 3% en 2011, le pays, à l’image du continent, fait de plus en plus figure de nouvel eldorado. Selon le ministère Brésilien de la Justice, le nombre de cartes de séjour délivrées a bondi de 67% entre 2009 et 2010 et la tendance s’est encore accélérée cette année. Si les Portugais sont en tête des arrivants, aidés par la langue, suivis par les Boliviens, les Chinois, les Paraguayens et les Coréens, les autres ressortissants européens se bousculent.
De son coté, l’Argentine a bénéficié en 2011 d’une croissance de son PIB de 8.3% à peine inférieure à celle de la Chine et un niveau de chômage passé de 23% en 2002, à 7% aujourd’hui.
En 2009, le président Luiz Inacio Lula da Silva avait affirmé que « le protectionnisme agit comme une drogue, il offre un soulagement immédiat mais place ensuite sa victime dans une dépression prolongée. » Pourtant, plus de deux ans et demi plus tard, les gouvernements d’Amérique du Sud multiplient les tentatives pour ralentir le flot des importations. Face à la crise financière et à un afflux de produits bon marché, certains d’entre eux ont accéléré, la mise en place de nouveaux tarifs douaniers dans le but de protéger l’emploi et la production locale. Pour Guido Mantega, le ministre brésilien des finances, ces mesures sont destinées à construire « une meilleure union » pour se défendre contre « ces invasions de produits provenant de l’extérieur ».
Ainsi, les 20 et 21 décembre, à Montevideo, les pays fondateurs du Mercosur, (l’Argentine, le Brésil, le Paraguay, L’Uruguay), et associés, (la Bolivie, le Chili, la Colombie, l’Equateur, le Pérou et le Venezuela) ont décidé d’augmenter temporairement leurs taxes d’importation de 140 produits provenant de l’extérieur afin de compenser « les déséquilibres commerciaux provoqués par la conjoncture économique internationale ». Ces augmentations se situent proche, mais sans la dépasser, de la limite de 35 % autorisé par l’OMC. L’Organisation mondiale du commerce a malgré tout fait part de ses craintes quant à une éventuelle contagion protectionniste au sein des marchés émergents, pouvant être néfaste pour la croissance mondiale.
L’Amérique du Sud, et en particulier l’Argentine et le Brésil, entendent se protéger de la politique monétaire des Etats-Unis et de la Chine rendant leur monnaie démesurément appréciée face au dollar et au yuan, et accentuant les importations. Bien que le renforcement des monnaies sud-américaines contente la classe moyenne toujours plus nombreuse, la concurrence déloyale, que causent les taux de change défavorables, est dénoncée par les acteurs des secteurs automobiles, textiles, électroniques etc.
Dès 2002, le défaut de Buenos Aires et sa rupture avec le dollar l’avaient coupé des marchés financiers internationaux, imposant au pays un équilibre de son commerce extérieur nécessaire à son indépendance afin éviter d’avoir à vendre des actifs ou utiliser ses réserves pour équilibrer ses comptes avec l’étranger. Au début de l’année 2011, le gouvernement argentin de Cristina Kirchner a mis en place un système de licence d’importation à destination de 600 entreprises étrangères de divers secteurs afin de ralentir et limiter l’entrée sur le territoire de leurs produits. Provoquant tout d’abord une pénurie de nombreux produits ces restrictions ont contraint des sociétés, telles que les sociétés de téléphonie canadienne RIM (BlackBerry), Motorola, Nokia ou Samsung, à ouvrir des usines d’assemblage dans le pays, où le coût de la main-d’oeuvre est dix fois supérieur à celui pratiqué en Chine.
Ces licences d’importations ne sont pas interdites par l’OMC. L’organisation dispose dans son Accord sur les procédures de licences d’importation que ces régimes doivent être simples, transparents et prévisibles. Par exemple, il prévoit que les gouvernements doivent publier des informations suffisantes pour que les négociants sachent comment et pour quelles raisons les licences sont délivrées.
De plus, dans le domaine du jouet, afin de limiter sa dépendance excessive à l’égard de l’extérieur, le gouvernement souhaite diminuer les importations de 45%. La production locale est de fait passée de 5% de la consommation en 2003 à 30% en 2010. Outre une taxation des importations, le gouvernement a décidé d’interdire les poupées Barbie produites en Chine.
L’Argentine impose désormais aux entreprises qui importent des produits de développer des activités d’exportation dans le pays et considère comme étrangère une entreprise des lors que 25% de son capital est détenu à l’étranger. Le gouvernement a également récemment introduit des limites aux rachats de terres par les étrangers, en visant implicitement la politique chinoise d’achat de terres.
De son coté, le Brésil a mis en place des restrictions sur les importations textiles et a, comme l’Argentine, augmenté leurs contrôles aux frontières et renforcé les mesures anti-dumping monétaires. En effet, selon l’indice Big Mac de The Economist, le real serait la monnaie la plus chère du monde, surévaluée de 52% par rapport au dollar. Le Brésil a vu sa monnaie s’apprécier depuis deux ans et demi, après un plus bas à 2,4 real par dollar pour finir par atteindre 1,57 real par dollar. En cause, la forte croissance du pays, qui attire les capitaux mais aussi des taux d’intérêts à 12.5% pour lutter contre une inflation qui a atteint 6.7% en juin. En conséquence, la production industrielle a reculé de 1.6% sur le mois de juin.
Par ailleurs, Mme Rousseff a décidé de remplacer à la tête du géant minier Vale Roger Agnelli, jugé trop proche des marchés, par Murilo Ferreira, afin de prendre davantage en compte l’ « intérêt national du pays ». Fin 2011 le gouvernement brésilien a annoncé augmenter de 30 % les taxes sur les véhicules importés lorsqu’ils ne proviennent pas au moins à 65 % du pays ou du Mercosur. Cette décision visait à limiter « l’invasion » des voitures étrangères dont les ventes ont augmenté de 35 % par rapport à la même période de 2010, tandis que celles de production nationale n’ont progressé que de 2,2 %. Face aux protestations des constructeurs asiatiques, le secrétaire d’Etat au commerce extérieur brésilien, Tatiana Prazeres, a affirmé, au journal le monde, agir « dans le cadre strict autorisé par l’OMC ». Il ne s’agit pour le gouvernement brésilien que d’« une réaction provisoire face à la dégradation du marché, précisément pour éviter une contagion de la crise ».
Le pays veut également privilégier les produits locaux dans les appels d’offre qui pourront être jusqu’à 25% plus chers que les importations. Dans le secteur de l’électronique, de nouvelles taxes garantissent aux tablettes produites au Brésil d’être un tiers moins cher que celles fabriquées à l’étranger, ce qui a conduit des entreprises du secteur à produire sur place.
En outre, afin de limiter l’exploitation de ses ressources pétrolières par des entreprises étrangères, ceux-ci ne peuvent que prétendre au titre de partenaire minoritaire de l’entreprise nationale Petrobras. Le Brésil a de plus, tout comme l’Argentine, introduit des limitations drastiques à l’achat de terres agricoles pour se protéger des appétits extérieur, ce qui aurait provoqué l’annulation d’au moins 15 milliards de dollars d’investissement. Enfin, le pays réfléchirait à l’instauration d’un impôt calculé sur la base de la dépréciation de la monnaie du pays d’origine, en se référent implicitement au yuan.
Le continent américain semble donc, à travers ces différentes mesures destinées à protéger son économie, s’engager dans une régionalisation économique, sans toutefois outrepasser les règles définies par l’OMC. Dilma Rousseff avait ainsi fulminé fin 2011 contre « une avalanche de produits prédateurs qui mettent en danger la croissance et l’emploi », dans le pays. Cependant, l’érection de barrières commerciales des pays d’Amérique latine ne va guère contribuer à améliorer leur position au sein de l’OMC. Le Brésil occupant la dernière place des pays du G20 en matière d’ouverture des marchés.
Alexandre Mandil (mandil.alexandre@gmail.com)
Membre de l’équipe Unasur
La Communauté des États latinos américains et des Caraïbes.
Une nouvelle puissance régionale Latino Américaine et Caribéenne est née entre ce vendredi 02 et ce samedi 03 décembre 2011 lors du sommet de Caracas. Un évènement majeur à prendre en compte dans la géopolitique du continent Américains.
Les 33 Etats Latino Américains et Caribéen y travaillent depuis juillet 2008, quelque mois après la création de l’UNASUR en mai de la même année. C’est le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva qui lance un appel aux chefs d’Etats d’Amérique Latine et des Caraïbes dont Cuba, pour les inviter à débattre sur la création d’une nouvelle coopération régionale sans y inclure les Etats-Unis et le Canada, centre de gravité principale de l’influence régionale. Le but serait d’accroitre la puissance des Etats membres de la CELAC dans la région en rivalisant l’Organisation des Etats d’Amérique (OEA) synonyme de puissance américaine.
C’est le président vénézuélien Hugo Chavez, l’un des principaux promoteurs de cet évènement qui officialise le lancement de cette nouvelle union politique ce vendredi 2 décembre 2011. Cette nouvelle force en présence serait destinée à terme à supplanter d’autres organisations. En introduction de sa prise de parole le leader latino-américain s’adresse aux 32 autres chefs d’Etats en relatant clairement sa position presque radicale : « Nous devons créer une force supérieure pour élever les consciences ». Il insiste en mettant en avant le fait que « l’OEA représente le passé, un espace qui a été manipulé, dominé par les Etats-Unis »
Pour ces Etats c’est aujourd’hui une réelle nécessité de créer un espace commun qui les unissent. La CELAC ambitionne d’approfondir le développement politique, économique, culturel et social entre ces 33 Etats et d’arriver à une coopération globale dans le but de convenir à une position commune sur des questions fondamentales comme les crises financières et énergétiques, les stratégies de développement et les négociations mondiales sur le commerce. La CELAC permettra à ces Etats de réaffirmer l’engagement des pays de continuer à renforcer les capacités internes de la région, de la survenance d’événements externes qui serait synonymes de déséquilibres économiques. Des politiques visant à renforcer la base industrielle et le renforcement des mécanismes de suivi de leurs systèmes financiers a été mis en place.
Trois évènements majeurs sont les piliers de l’organisation stratégique des 33 Etats membres en termes de développement, d’indépendance et de souveraineté. En 2008 la déclaration de Salvador de Bahia, en 2009 le lancement du Plan d’action de Montego Bay et en 2010, la Déclaration de Cancun.
Cette nouvelle force régionale a-t-elle les capacités d’atteindre ses objectifs d’union et de croissance et de se défendre de l’agressivité américaine ? Quelles sont les techniques offensives des américains pour maintenir leur niveau d’influence sur la région ?
La gestion des accords et traités entre Etats membre de la CELAC pourrait devenir à terme une base de conflit interne. Des pays comme le Mexique, la Colombie, le Pérou et le Chili par exemple ont des intérêts commerciaux très importants avec les Etats-Unis.
Le Mexique, un Etat influent, a intégré la CELAC. Le Mexique fait parti de l’alliance nord américaine depuis 1994 et ne fait pas partie de l’UNASUR. Il représente un allier stratégique pour les Américains. L’intégration du Mexique dans la Communauté des Etats Latino Américains et Caribéen aujourd’hui, est un élément important à prendre en compte. Le discours de Felipe Calderon lors du sommet reflète la volonté mexicaine de revendiquer le fait que le Mexique sera et restera un pays latino américain : « nous avons besoins de l’intégration, non seulement dans les mots mais aussi dans une réalité qui nous aide à transformer les échanges entre latino américain et caribéen en signaux de prospérité et de croissance ». Le Mexique devait se montrer présent pour revendiquer ses valeurs mais aussi pour s’allier avec 32 pays connaissant une croissance continue pendant la crise financière la plus dur de l’histoire du monde économique. 90 % de l’exportation Mexicaine est destinée au sol Américain, les liens commerciaux qui unissent le Mexique et les Etats-Unis sont importants.
Laisser le Mexique intégrer la CELAC reflète le fait que cette organisation ne semble pas inquiéter les Etats-Unis en termes de puissance régionale. En effet, ceux-ci ne se sont pas opposés médiatiquement à la création de cette nouvelle coalition. Cependant les américains pourraient à travers le Mexique influer sur les décisions d’accord et de traités qui seront signés par les Etats Membre de la CELAC. Un autre pays sous forte influence américaine est aujourd’hui membre de la CELAC : le Panama. Il sera également intéressant de comprendre comment un pays qui est contrôlé à 100% par les Etats-Unis puisse intégrer ce nouvel organe régional ?
Certains Etats Caribéens sont également sous influence anglo-saxonne. Comment les américains vont-ils exploiter ces influences sur la CELAC ?
C’est dans le dossier thématique de l’UNASUR du site UNASUR.fr que vous trouverez le dimanche 11 décembre 2011 une suite de réponse à ces problématiques dans le but d’analyser les conséquences de la création de la CELAC et de mieux comprendre les enjeux de puissances dans la région sud américaine.
Makram Amadet
makram.amadet@gmail.com
Membre de l’Equipe Unasur.fr
Le 3 décembre dernier, l’agence russe d’exportation d’armement Rosoboronexport livrait ses premiers hélicoptères Mi-171E à l’armée Argentine.
Une première dans la coopération entre la Russie et l’Argentine. Le contrat ne concernait que deux hélicoptères conçus pour les conditions extrêmes et utilisés par l’Argentine pour l’approvisionnement de ses bases en antarctique. Ce contrat est minime mais il représente une pénétration du marché et complète l’offensive de Rosoboronexport en Amérique latine.
Celle-ci peut se targuer d’avoir quasiment l’ensemble des pays sud américains comme clients. Le 28 octobre dernier, l’agence russe d’exportation d’armement livrait au Pérou le deuxième lot d’hélicoptères prévu d’un contrat signé en 2010. Avec trois hélicoptères Mi 171Sh livré au Pérou, l’intérêt pour Rosoboronexport est surtout d’implanter par la suite son usine de maintenance.
Fer de lance de cette reconquête en matière d’armement, l’agence russe peut compter sur les bonnes relations que la Russie entretien avec plusieurs pays du continent sud américain, des clients habituelles tels que le Venezuela ou le Pérou.
Outre les relations politiques, les exportations d’armement bénéficient d’un contexte économique favorable, la plupart des pays latinos américains étant en pleine croissance et affichant une volonté de moderniser leur armées.
Le Brésil entend clairement moderniser sa flotte de guerre pour protéger ses approvisionnements énergétiques et pouvoir réagir dans ses eaux territoriales avec rapidité et efficacité. La récente marée noire a montré au Brésil qu’il était vital de développer sa puissance maritime. Cela d’autant plus s’il revendique une place au conseil de sécurité de l’ONU ou la place de puissance régionale en Amérique Latine. En novembre, l’amiral Luiz Umberto De Mendoza annonçait la nécessité d’acquérir d’ici à 2030, 20 sous-marins conventionnels et 6 sous-marins nucléaires.
Cela n’a probablement pas échappé à la Russie de même que la constitution de la CELAC qui pourrait être synonyme pour elle d’écouler davantage d’armement particulièrement avec des vitrines telles que le Venezuela, l’Argentine, le Brésil ou le Pérou. Elle s’est d’ailleurs dite prête à coopérer avec la CELAC. Dernier accord en date, le 5 décembre, le Mexique s’engageait aux cotés de la Russie pour développer un programme de coopération dans le domaine de la sécurité nationale.
Mathieu Dupressoir (mathieu.dupressoir@gmail.com)
L’équipe d’Unasur

Le 4 Mai prochain aura lieu le prochain sommet de l’UNASUR dans la région de bonaerense de Los Cardales, en Argentine.
Au programme de ce sommet extraordinaire :
- La désignation du secrétaire général de l’UNASUR
- La définition de la stratégie d’aide à Haiti comme au Chili
- L’analyse de la situation du Honduras après le coup d’Etat.
En ce qui concerne la nomination du premier secrétaire de l’UNASUR, le président de l’Ecuateur Raphael Correa a proposé que l’ancien président de l’Argentine « Néstor Kirchner » soit nommé à la charge de cette fonction.
Nestor Kirchner
Ce sommet devra également mettre en place le plan d’organisation pour l’aide d’Haiti et le Chili. En effet, le 9 février dernier a Quito, les pays de l’Amérique du sud avaient décidé de créer un fond d’aide de 100 millions de dollards + 200 millions de dollard provenant de la BID (Banque inter-américaine pour le Développement).
Enfin L’UNASUR débattra sur leur position face au coup d’Etat au Honduras qui ont récemment élu un nouveau président : Porfirio Lobo reconnu par les Etats Unis mais pas par l’UNASUR. Alors que le continent est en recherche d’unité, quel position prendra-t-il sur le Honduras?

Serge Sedille
Equipe Unasur.fr

Il y a presque 28 ans se jouait dans l’Atlantique Sud la dernière guerre navale du XXe siècle. La guerre des Malouines ainsi qu’on la nomme en France voyait s’affronter deux puissances en mal de reconnaissance, d’un côté l’Argentine de la junte et de l’autre le Royaume-Uni alors dirigé par la Dame de Fer. L’envahissement du petit archipel par les forces argentines au début de l’année 1982 allait marquer le début de la dernière grande démonstration de force navale entreprise unilatéralement par un pays européen : l’Operation Corporate, rebaptisée par les médias britanniques l’Empire Contre-attaque.
Même si Borges a par la suite décrit ce conflit comme « deux chauves se battant pour un peigne », les Malouines, hors de tout contexte de politique intérieure argentine ou britannique, revêtaient un intérêt stratégique certain. Militairement d’abord, pour une nation qui se rêvait alors encore empire, la possession des Malouines affirmait l’autorité chancelante de sa gracieuse majesté dans l’Atlantique sud, à proximité de l’Antarctique riche en ressources naturelles. De plus les Malouines elles-mêmes se révèlent maintenant être riches en matières premières énergétiques et plus spécialement en pétrole.
Aujourd’hui, alors que les Argentins n’ont jamais accepté la perte de l’archipel, un nouvel acte est en train de se jouer pour la possession de ces stratégiques rochers couverts d’une lande clairsemée. En effet, la Geological Society of London annonce qu’il y aurait sous les eaux bordant l’archipel un « trésor » de 60 milliards de barils de brut attendant d’être exploité. Aux vues des cours actuels du pétrole et des difficultés que rencontre le Royaume-Uni dans ses exploitations d’hydrocarbures de Mer du Nord, la mise en service, bien que coûteuse, de ces nouveaux champs pétrolifères redonnerait de l’air à une économie particulièrement impactée par la crise. Le gouvernement Brown, critiqué pour sa gestion de la crise financière, pourrait trouver ici une nouvelle source de liquidités qui seraient forcément les bienvenues.
Toutefois ce serait sans compter sur l’Argentine, elle aussi alléchée par la promesse de ce pactole. Certes nous ne sommes plus aux temps d’une junte militaire conquérante désireuse de redorer son blason par une action d’éclat extérieure, néanmoins la situation du pays n’est pas très brillante. L’Argentine reste dirigée par une classe oligarchique qui, cachant sous le vocable de péronisme ce qu’on nommerait partout ailleurs du clientélisme forcené, fait fuir tous les investisseurs étrangers par la corruption galopante qu’elle instaure dans le pays. Les Kirchner sont ainsi de plus en plus contestés par une population qui prend conscience des ravages qu’à fait la crise dans un pays qui souffre de très graves difficultés économique depuis près d’une décennie.
Ainsi le gouvernement argentin, aiguillonné par Hugo Chavez, spécialiste sud-américain ès pétrole et déclarations provocantes, veut à tout prix empêcher une exploitation britannique du pétrole sous-marin des Malouines. La tension monte entre Londres et Buenos Aires et, même si l’on est très loin d’une réédition de la guerre des Malouines, les gouvernements européens et sud-américains commencent à regarder avec attention et appréhension les mouvements des deux protagonistes, surtout qu’un premier navire d’exploration-production doit bientôt arriver à Port Stanley.
Ce conflit, géoéconomique à l’heure actuelle, n’est pas sans rappeler d’autres situations comme celle de la dispute autour des îles Spratly. Les archipels des îles Spratly et Paracel se situent en mer de Chine méridionale et, potentiellement très riches en hydrocarbures, font aussi l’objet d’une compétition acharnée entre la Chine, le Vietnam (soutenu par la Russie), les Philippines (soutenues par les USA), la Malaisie, Taiwan et Brunei. Les déploiements de navires de guerre, manœuvres conjointes et autres occupations militaires d’îlots sont ainsi le quotidien de la Mer de Chine depuis quelques années, en espérant que l’escalade s’arrête à ce stade.
Alors que le marché des hydrocarbures devient de plus en plus tendu, la recherche de nouvelles sources d’approvisionnement prend l’aspect d’une véritable lutte pour l’indépendance énergétique voire pour la survie économique. Dans un tel contexte deux options se profilent : l’exploitation des abondantes ressources non-conventionnelles, citons pour le gaz les shale gas, thight gas ou coalbed methane (1), ou l’affrontement pour les nouveaux gisements. Comme ces derniers se trouvent la plupart du temps offshore, c’est aussi une question de souveraineté territoriale qui est soulevée. Beaucoup d’Etats n’ayant pas ratifié ou remettant en question la convention de Montego Bay de 1982 définissant les zones économiques exclusives, les contestations sur la propriété de ces gisements sont de plus en plus courantes.
Pour l’instant aucun de ces affrontements géoéconomiques ne s’est transformé en guerre chaude. Toutefois il n’est pas à exclure que dans un contexte de tension grandissante sur le marché des énergies fossiles, on assiste à nouveau au déploiement d’une escadre navale de taille conséquente. La guerre des Malouines de 1982 avait fait près de 1000 morts ; étant donnés les progrès de l’armement, une nouvelle guerre pourrait être bien plus dévastatrice.

(1) International Energy Agency, World Energy Outlook 2009, Paris, 2009, p.390 et suivantes.
Auteur : Nicolas Mazzucchi, Equipe unasur.Fr

Il aura fallu 7 heures pour que les présidents des pays membres de l’Unasur trouvent une réponse à cette crise.
La victoire n’est pas celle de l’indépendance de la souveraineté de la Colombie ni de la sécurité pour le Vénézuela mais celle de l’UNASUR.
Ce sommet extraordinaire s’est déroulé en deux temps, premièrement par une sorte de tour de table où chaque président a eu l’opportunité d’exprimer son positionnement face à cette affaire, puis dans un deuxième temps par la rédaction d’un « amendement » de la constitution solutionnant le problème d’intervention militaire d’un pays tiers au sein de l’UNASUR et de renforcement de la coopération de la lutte contre le terrorisme.
Qui a dit quoi lors de la première partie de la réunion ?
Alan Garcia, président péruvien a proposé que la commission du Conseil de Défense de l’UNASUR revoit en détail l’accord militaire réalisé entre la Colombie et les États Unis.
Il a précisé que par cette méthode, les membres de l’UNASUR pourront savoir sans aucun doute possible si la logistique militaire apportée par les États Unis concerne uniquement la lutte contre le terrorisme et non pas la surveillance aérienne de la région, ni la récolte d’informations stratégiques. Alan Garcia a ajouté : « Moi Monsieur le président, dans mon pays, j’aurais autorisé une telle vérification ».
Le président Colombien, Alvaro Uribe a, quant à lui, manifesté son accord pour montrer ce contrat au conseil de sécurité mais il a ajouté également qu’il souhaiterait que ce même conseil de défense fasse une enquête sur les bases terroristes le long des frontières des pays membres de l’UNASUR ainsi qu’un bilan général du trafic d’armes en Amérique du Sud. Par cette occasion, il a salué l’initiative de la présidente chilienne Michelle Bachelet et a proposé le Chili comme modèle de transparence à suivre, pour sa publication annuelle de son commerce d’armes.
Dans son discours Uribe a insisté sur le fait que la Colombie était venue pour consolider le processus d’intégration et qu’il était conscient que des concessions allaient devoir être faites par les membres de l’UNASUR. Malgré cette déclaration, le président Uribe a, par de nombreuses reprises, insisté sur le fait qu’il ne reviendra pas sur cet accord pour trois raisons :
1- L’indépendance de la souveraineté de la Colombie
2- Par le fait que depuis 60 ans, le « plan Colombia », véritable coopération entre la Colombie et les Etats unis contre le terrorisme n’a jamais entrainé d’incidence envers un pays membre de l’UNASUR, et qu’il ne voit pas pourquoi cela changerait.
3- Que cette activité américaine contre le terrorisme ne représente que 4% du total des opérations menées contre les terroristes en Colombie. La technologie des satellites américains a permis de repérer des vols illégaux du terrorisme et d’intercepter les bateaux clandestins alimentant le réseau terroriste colombien.
Uribe termine son intervention en parlant du problème des Farcs et de la complexité de la lutte anti-terroriste le long des frontières colombiennes et équatoriennes. Il demande à son confrère équatorien de l’aide pour combattre ce fléau le long de leur frontière commune.
Le président Bolivien Evo Morales reprend ironiquement que les États Unis sont présents depuis 60 ans pour lutter contre le terrorisme sans venir à bout, il s’écrit alors : « mais que font-ils depuis tous ce temps? ». Pour Morales : « il n’y aura de paix en Amérique du Sud que lorsque les États Unis ne seront plus sur le territoire« .
Enfin le président Bolivien propose de réaliser un référendum auprès de la population de la région sud américaine : « Le peuple a le droit de choisir démocratiquement si ils veulent de la présence militaire des États Unis dans leur continent« . Pour lui, l’affaire est simple, il suffit de faire signer à la Colombie un document stipulant qu’ il n’y aurait jamais de « BASE » américaine en Colombie. Ainsi cette proposition permettrait une coopération militaire mais sans l’utilisation de véritable base en Colombie.
Le président Brésilien, Lula, s’est plaint de la longueur de la session, pour lui affaire était simple. Il faut selon lui, que le conseil de défense de l’UNASUR fasse un bilan sur l’ensemble des frontières de l’état du terrorisme en Amérique du sud et faire que ce conseil puisse avoir accès aux contrats de coopération militaire entre la Colombie et les États Unis.
Cristina Kirchner, Président de l’Argentine, s’est montrée la plus diplomate de tous les présidents et s’est empressée de calmer tout débordement éventuel en rappelant l’objectif et les enjeux de cette réunion.
« La confiance parmi certains membres de l’UNASUR s’est rompue, il ne s’agit pas ici de faire le procès de son homologue mais de retrouver cette confiance nécessaire pour le processus d’intégration de l’UNASUR. »
Elle souhaite voir s’établir une règle générale contre la présence militaire d’un pays peu importe sa nationalité dans le continent sud américain. Elle a fini son intervention en disant que « les voies diplomatiques seront retrouvées lorsque le conseil de sécurité aura vu sur place de quel type de coopération militaire il s’agit vraiment« . Il est important pour elle, que ce cas fasse jurisprudence.
Enfin, Hugo Chavez, président du Vénézuela, s’est montré plutôt satisfait de l’évolution de la réunion, il rejoint ses homologues péruvien et argentin en ce qui concerne les propositions de soumettre ce cas au conseil de défense de l’UNASUR.
L’intervention de Chavez a été marquée par une lecture d’un passage du livre blanc du Département de Défense américain sur la stratégie sud-américaine, commando de mobilité aérien (AMC) des États Unis qui stipule leur véritable ambition dans cette zone, et qui n’a pas été très rassurante pour l’audience présente. Chavez a enfin parlé de la manipulation de son image par la CIA pour atteindre l’UNASUR mais ceci fera l’objet d’un prochain article consultable sur www.unasur.fr.
La deuxième partie de la réunion a consisté à la mise en place officielle d’une loi qui comporte cinq points :
1- Le renforcement de la coopération de la lutte contre le terrorisme
2- Un pays tiers peut opérer militairement dans un pays membre de l’UNASUR pour l’aider contre la lutte face au terrorisme tant qu’il ne menace pas le territoire ou une partie de l’Amérique du sud.
3- La mise en place d’un rendez vous pour la première quinzaine du mois de septembre entre les ministres de la défense de l’UNASUR pour qu’ils mettent en place un processus de vérification de l’accord militaire entre la Colombie et les États Unis afin qu’ils respectent ce présent article de loi.
4- Le conseil de Défense de l’UNASUR analysera le livre blanc du département américain de défense en vue d’observer les véritables intentions des États Unis dans la zone.
5- Le Conseil de Défense de l’UNASUR mettra en place un programme d’action contre le narcotrafic.
L’UNASUR a su éviter une éventuelle guerre en désamorçant par cette loi le conflit sur les bases américaines, mais Chavez a confirmé que le gel des relations entre la Colombie et le Vénézuela était maintenu. La stabilité de la région a été sauvegardée et grâce à cette session le mécanisme d’intégration des pays sud américain dans l’UNASUR s’est renforcé.
www.unasur.fr
Serge Sedille
Les membres de l’Unasur doivent se réunir vendredi prochain à Bariloche, en Argentine, pour un sommet extraordinaire sur le conflit des bases américaines en Colombie.
Dernièrement, Le Président Brésilien Lula , avait proposé officiellement à son homologue américain Barrack Obama de venir se joindre à l’UNASUR lors de cette réunion en Argentine. Bien que le Président Américain lui avait confié au téléphone qu’il allait réfléchir à cette proposition avec son gouvernement, la réponse est tombé il y a quelques heures, alors qu’un haut fonctionnaire de l’État américain avance : » Nous n’avons rien à faire la bas« .
Plus officiellement, la ministre des affaires étrangères américain, Hillary Clinton a répondu sur un ton plus diplomatique : « Nous pensons que le gouvernement colombien n’a pas besoin de nous pour cette affaire, et qu’il peut largement s’expliquer au sein de l’UNASUR sur cette coopération anti-terroriste »
La main tendu qu’offrait les brésiliens aux américains n’a donc pas marché. De son coté, Hugo Chavez militera officiellement pour la mise en place d’un processus entrainant l’interdiction de cet accord entre les colombiens et les américains. Enfin, le président colombien Uribe,quand à lui, clame que cet accord est déjà en vigueur et que sa présence au sein de cette session extraordinaire de L’UNASUR n’a pour but que d’expliquer le contenu de se contrat aux autres membres de l’UNASUR.
Qu’apportera donc cette session extraordinaire a Bariloche en Argentine? Un espoir? rien? Le renforcement du conflit ? L’équipe d’Unasur.fr vous laisse la parole :
Serge Sedille
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