
Après un débat houleux et prolongé, le Sénat argentin a approuvé ce 15 juillet la loi qui légalise le mariage entre individus du même sexe, le pays devient ainsi le premier en Amérique latine à reconnaître le mariage homosexuel au niveau national.
La loi accorde également la possibilité pour les couples homosexuels d’adopter des enfants mineurs, ce point a d’ailleurs soulevé les critiques les plus sévères de la part des opposants au projet de loi. Après une ultime session d’une durée de 14 heures, les sénateurs ont finalement entériné le projet non sans que cela suscite un débat vif et passionné.
La Chambre des députés (la Chambre basse) s’était déjà montrée favorable au projet et avait voté en faveur de la légalisation du mariage gay dès le mois de mai.
La norme nouvellement adoptée est celle qui admet « le mariage égalitaire » avec des droits équivalents pour les couples homosexuels et hétérosexuels, cette décision fondamentale a été approuvée de justesse avec 33 votes favorables contre 27 défavorables et trois abstentions.
Lorsqu’ils ont appris les résultats, des manifestants en faveur des droits homosexuels, qui s’étaient réunis à Buenos Aires sur la « Plaza de los Dos Congresos », ont laissé éclater leur joie.
L’approbation de la loi induit la modification du Code civil argentin qui dans son article 2 prévoit initialement que le mariage scelle l’union de deux personnes de sexe différent « un mari et une épouse », dorénavant le texte privilégie le terme neutre de « contractants au mariage ».
Avant la session, l’Exécutif a assuré que la présidente en place, Cristina de Kirchner, n’opposerait pas son veto à la votation de la loi, bien au contraire, elle s’est dite fière que l’Etat promulgue une loi qu’elle considère comme « une avancée » attestant que l’Argentine est un pays « avant-gardiste ».
Cette promulgation marque un fait historique pour l’Amérique latine car les mariages entre personnes du même sexe étaient jusqu’à présent seulement autorisés à Mexico D.F où il existe une norme semblable mais uniquement pour la capitale. Durant cette journée agitée, les législateurs ont exposé leurs arguments favorables, ou non, au projet de loi qui confère les mêmes droits aux couples homosexuels et hétérosexuels.
« Peu m’importe que des homosexuels souhaitent se marier, ce qui m’inquiète, c’est l’effet que peut avoir cette union sur des tierces personnes, tout particulièrement sur des enfants et sur leur éducation. Car dès lors la sexualité est quelque chose qui se construit à partir de modèles proches » a déclaré la sénatrice Liliana Negre de Alonso, l’une des principales opposantes au projet. Cette déclaration a été faite alors qu’elle tenait à la main un manuel d’instruction sexuelle destiné aux plus jeunes, qui selon elle, invite à considérer « le corps humain et ses organes sexuels comme interchangeables ».
« Il n’y a pas de quoi créer une polémique, nous n’ôtons des droits à personne mais nous en donnons à ceux qui en étaient dépourvus », a déclaré Lucía Corpacci, représentante du discours officiel.
Beaucoup de ceux qui ont voté en faveur de ce projet de loi ont déclaré qu’ils souhaitaient concéder plus d’égalité aux différents couples quel que soit le binôme sexuel formé.
« Dans le droit positif nous n’avons trouvé aucun argument qui stipule que l’on ne peut pas autoriser ce droit à une minorité qui le mérite, le projet de loi peut certes avoir des vices cachés mais nous n’allons pas l’invalider pour autant », a déclaré le législateur Luis Juez.
Durant les débats, les sénateurs n’ont pas hésité à faire référence à leur vie privée pour défendre leurs arguments. Un fait inédit, 90 % des sénateurs ont souhaité prendre la parole pendant les discussions. La session s’est par ailleurs prolongée pendant 14 heures, le point le plus discuté fut le droit à l’adoption, une prérogative revendiquée par les couples homosexuels, et seulement accordée dans dix pays à travers le monde [...]
Extrait de l’article publié sur www.actulatino.com
Auteur : Aline Timbert
Equipe Unasur.fr
