
Le 2e Forum Economique Latino-américain qui s’est tenu à Paris le 25 janvier dernier sous l’égide commune de l’OCDE et de la Banque Interaméricaine de Développement a été riche d’enseignements pour tous ceux qui se posent des questions quant à la sortie de crise des pays d’Amérique Latine et des Caraïbes. Alors que l’OCDE vient, avec le Chili, d’accueillir sont deuxième membre latino-américain après le Mexique et que d’autres pays comme le Brésil se positionnent pour y entrer, un point de situation sur l’économie du sous-continent s’imposait.
Les sessions de travail, réparties en trois table-rondes thématiques ont permis de confronter les visions étatiques, entrepreneuriales et financières sur l’Amérique Latine. La réunion de ces points de vue forts différents à Paris était aussi le signe d’une volonté commune des pays latino-américains et européens de collaborer ensemble pour le développement de la région qui, malgré sa position émergente, offre de très intéressantes perspectives tant politiques qu’économiques.
La première table ronde qui réunissait les ministres des finances de plusieurs pays de l’Amérique Latine a permis de mettre en lumière un point essentiel quant aux différentes manières dont les pays latino américains ont traversé la crise. En effet ce sont les pays comme le Brésil, avec un fort dirigisme économique, une grande implication de l’Etat dans les choix de ses entreprises et une grande capacité d’intervention de puissantes banques d’Etat – Luciano Coutinho, président de la BNDES était d’ailleurs présent – qui ont pu amortir, voire absorber, les chocs de ces derniers mois. L’absence, remarquée, de pays comme la Bolivie et le Venezuela, tous deux particulièrement impactés par la crise, a démontré, s’il en était besoin, l’échec du modèle Chavez reposant presqu’exclusivement sur la bonne santé du marché des matières premières.
De même les économies trop libérales ou ancrées au dollar US comme le Mexique, ont été forcées de reconnaitre que la dépendance tant politique qu’économique aux Etats-Unis, même si elle pouvait parfois être profitable, était aussi souvent porteuse d’un grand danger. Maintenant que nous sommes entrés dans une ère inédite, celle où les pays les plus avancés ne sont plus les moteurs de l’économie mondiale, la dépendance quasi-absolue aux Etats-Unis tend à devenir un handicap plus qu’un avantage.
Ainsi le Brésil s’est révélé véritable moteur économique, à défaut de pouvoir être politique dans un environnement culturel presqu’entièrement hispanophone. Nul doute que dans les années à venir le modèle brésilien va de plus en plus s’exporter, avec des adaptations locales, aux pays du sous-continent.
Les entreprises qui se sont exprimées en dernier, ont su montrer que les grandes multinationales, GDF SUEZ, Endesa, Telefonica, savaient s’adapter aux réalités des pays émergents en proposant des offres socialement responsables, en particulier dans l’énergie. Car c’est aussi en impliquant les grandes entreprises internationales dans l’accompagnement du développement de leur pays que les gouvernements réussiront les changements sociaux qu’ils ambitionnent. Les approches de type Bottom of the Pyramid qui se développent tant en Afrique qu’en Amérique du Sud sont la preuve que les grandes entreprises sont en train, quant elles le veulent bien, d’adapter leur business model aux marchés des pays émergents, parfois condition sine qua non pour l’entrée dans ces pays.
Bien sûr il serait naïf de croire que l’Amérique Latine est l’eldorado de l’économie du XXIe siècle après avoir été celui du XVIe ; de nombreux problèmes demeurent, en particulier au niveau de la gouvernance des Etats. Ces difficultés, tentations protectionnistes, tendances clientélistes, manque de rigueur, n’ont pas été écartées du forum et les Latino-américains sont les premiers conscients de cette réalité.
Le dépassement de ces difficultés internes reste le meilleur moyen d’ancrer le continent le plus fermement possible dans le développement en lui permettant d’attirer les investisseurs étrangers ; c’est ce que veulent promouvoir conjointement l’OCDE et la BID. Souhaitons leur beaucoup de succès dans cette difficile entreprise.
Auteur présent : Nicolas Mazzucchi
Equipe Unasur.fr
