Le changement climatique, levier de puissance pour Lula ?

bresil

La Conférence des Nations Unies sur le changement climatique, qui s’est tenue à Copenhague du 7 au 18 décembre 2009, s’est vue cristallisée comme « le » sommet de la dernière chance face au réchauffement.Le Brésil n’a pas ménagé ses efforts : élément moteur du sommet de Manaus fin novembre 2009, Lula a travaillé avec son homologue français Sarkozy sur la « bible climatique », duquel ressort la volonté de réduire de 50% les émissions de gaz d’ici 2050, ainsi que la promotion d’une Organisation Mondiale de l’Environnement capable de faire appliquer les engagements portés par les différents Etats-membres. La même thématique est traitée au sommet du Commonwealth, à laquelle participe le Brésil et la France. Le sommet de Copenhague ne fait parallèlement toutefois pas la une des médias du reste du continent. Les autres pays sud-américains semblent effectivement relativement indifférents à la nouvelle cause portée par le président brésilien.

A Copenhague, la confusion aura été au menu de ces douze journées. Maladresses diplomatiques de l’hôtesse danoise vis-à-vis des négociateurs désignés, discussions parallèles entre dirigeants, notamment entre les Etats-Unis et la Chine ou encore évacuation des ONG dès la neuvième journée alimentent l’actualité. C’est in extremis que les chefs d’Etat ébauchent un texte allégé à plusieurs reprises. Faute de consensus, le texte devra être représenté au sommet de Mexico qui se tiendra dans un an.

Les avis divergent quant au bilan à tirer de Copenhague. Les espoirs largement entretenus par les ONG et les medias complétés par les piètres résultats tendent à dresser un tableau pessimiste. Ce sommet permet toutefois de marquer les consciences des dirigeants étatiques sur l’urgence climatique avant le sommet de Mexico qui se tiendra dans un an. Néanmoins, l’activisme de certains pays contrastait étrangement face à l’indifférence d’autres, parfois plus attendus. Le Brésil, quant à lui, a fait figure de moteur. Applaudi durant son intervention, son président Lula a exhorté ses homologues à ne pas faire prévaloir leurs intérêts nationaux et à aider financièrement les pays en voie de développement.

Le Brésil est un grand producteur d’énergies renouvelables. En 2008, la part de la production en énergies renouvelables s’élève à près de 45%, contre 6% de moyenne dans les pays de l’OCDE. En matière de production électrique, celle-ci se compose, en 2008, à 83,4% d’énergies renouvelables. L’hydroélectricité y représente 79% et sa plus grande centrale, nationale, fournit près d’un tiers des ressources hydroélectriques. La biomasse est loin derrière, à seulement 4,3% de la production électrique du pays, soit tout de même 20 TWh par an.

Ce développement spectaculaire des énergies renouvelables est justifié par une politique d’indépendance énergétique en place depuis trente ans. Ainsi, sa capacité de production lui permet d’atteindre une autosuffisance avoisinant les 90%. Pour tendre vers cet objectif, le Brésil a ainsi lancé, dans le cadre de son plan pluri-annuel 2000-2003, un projet national d’un montant autrefois estimé à 43 milliards de dollars : Avança Brasil. Il a également contribué à la création d’initiatives continentales, telles que l’Intégration de l’Infrastructure Régionale Sud-Américaine (IIRSA). Lancée en septembre 2000 par le prédécesseur de Lula, ce projet vise à connecter les ressources naturelles avec les grandes villes du continent par des axes d’intégration et de développement régionaux, dont certaines d’entre elles seront connectées aux principales zones partenaires.

Ces initiatives ambitieuses permettent au Brésil de répondre à sa croissance en termes de consommation énergétique. Celui-ci fait donc office d’exemple en la matière. A la lumière de ces informations, nous pouvons donc comprendre le soutien de Lula pour les énergies renouvelables durant le sommet de Copenhague. Ce positionnement en tant que leader diplomatique sur le réchauffement climatique, une thématique d’envergure mondiale dont l’ampleur ira croissante, permettrait par ailleurs au Brésil de peser davantage sur la scène internationale. Les conséquences des décisions prises auront nécessairement un impact économique important. Le Brésil doit conserver l’avance technologique acquise en matière de biocarburants en l’exportant. Exportation largement facilité si un accord venait à être signé dans le cadre d’un sommet mondial. La simplicité d’implantation des biocarburants dans la chaine de consommation et son bas coût le positionnent actuellement en tête du marché.

Ces informations mettent donc en évidence les intérêts à la fois économique et diplomatique que le Brésil peut porter à la démocratisation mondiale des énergies renouvelables, à travers le message de la lutte contre le réchauffement climatique. A ce niveau, des ONG telles que Greenpeace lui reprochent de tenir un double discours. En effet, la création d’axes de transport pour la construction de centrales hydroélectriques a favorisé la déforestation (cf. le cas Belo Monte), augmentant de fait les émissions de CO2. Quant à la production intensive de bioéthanol, celle-ci expose la denrée alimentaire qu’est la canne à sucre à une spéculation boursière autrement importante. C’est d’ailleurs un des objectifs stratégiques du secteur privé et du gouvernement que de transformer le bioéthanol en commodity. Lula s’est pourtant verbalement engagé à atteindre des objectifs optimistes de réduction des émissions de CO2 d’ici 2020 : de 36,1% à 38,9% par rapport au niveau de 2005. La déforestation étant le principal accusé, c’est donc 80% de l’activité de déforestation qu’il faut réduire, la période 1995-2005 servant de référence. Or ce n’est qu’à partir des années 2000 que le phénomène prend une réelle ampleur pour atteindre un pic en 2004. Depuis, les chiffres ne cessent de baisser : la réduction n’est plus que de 34% si l’on compare cette moyenne au taux de déforestation de 2008. Cela relativise l’ambition du Brésil sur ce terrain. Cette ambition est d’autant plus relative que le Brésil est éligible au Mécanisme pour le Développement Propre. Ce mécanisme économique vise à attirer les entreprises technologiques à investir dans les pays en développement pour favoriser la réduction des émissions de CO2.

Dans la foulée du sommet de Copenhague, le président Lula a concrétisé ses paroles en promulguant une loi sur la limitation des émissions de CO2. Ce mois de janvier apportera des précisions sur les secteurs de l’agriculture, de l’industrie, de l’énergie et de l’environnement.

Isabelle Leguay

Equipe Unasur.fr

You must be logged in to post a comment.