Interview de Jean-Jacques Kourliandsky sur l’Unasur

img_auteur_2720

Avant tout nous tenons a remercier Jean-Jacques Kourliandsky, spécialiste géopolitique et historien, chargé de recherche à l’IRIS sur l’Amérique latine et l’Espagne, pour avoir pris le temps de répondre à nos questions.

Il a été l’un des premiers experts français à s’être exprimé sur la question de l’UNASUR lors de sa création.

Aujourd’hui il analyse avec nous son évolution.

- Depuis la création de l’unasur, comment l’avez vous vu évoluer ? Peut-on parler de l’émergence d’une Puissance Supranationale ?

L’UNASUR est un projet d’unité du continent sud américain qui date bien avant sa création en 2008. Si on peut reconnaitre aujourd’hui que les pays membres de l’unasur ont démontré avec ferveur leur volonté de construire cette entité supra nationale, cela ne se fera pas sans difficulté. En effet, pour pouvoir bénéficier de la pleine puissance des ces pays membres, l’unasur devra avant régler de nombreux problèmes bilatéraux. Qu’il s’agisse du Pérou avec le Chili qui sont aujourd’hui devant la cour international de justice, ou encore du Vénézuela avec la Colombie, l’unasur doit d’abord montrer à la scène internationale qu’elle est doté d’une diplomatie stable et forte. Elle est, selon moi, à même de devenir un acteur très important sur la scène internationale lorsqu’elle aura confirmé son rôle fédérateur.

- L’image de Lula et celle de Chavez sont souvent présentées tantôt positives tantôt négatives, quel est selon vous le véritable rôle de ces hommes au sein de l’Unasur?

Lula et Chavez sont deux personnes assez différentes l’une de l’autre comme le Brésil et différent du Vénézuela. L’indépendance du Vénézuela s’est fait dans une douleur bien plus profonde que celle du Brésil et on ne gouverne pas le Vénézuela comme on gouverne le Brésil. Chavez est un orateur, un provocateur qui se projette dans le rêve de Simon Bolivar, et qui par de nombreuses tactiques diplomatiques reste au pouvoir. Chavez se veut être le garant d’une idéologie d’union contre « l’impérialisme » (capitalisme)  qu’il décrit comme élément le plus grave et dangereux pour l’homme et la Terre.

Lula (Brésil), est le véritable moteur actuel de l’unasur. Le Brésil a caressé le rêve d’être reconnu sur la scène internationale comme le pays leader du continent sud américain et avec ce projet d’unasur, il montre au monde qu’il en prend le leadership. De plus, dans les conflits bilatéraux, le Brésil a souvent participé à la résolution des conflits. Lula est fortement apprécié dans son pays contrairement a Chavez.

- Il y aura t-il une guerre entre la Colombie et le Vénézuela?

Dans l’état actuelle des choses, même si leur relation économique est gelée, leurs ambassadeurs ont rappelé que les pays d’Amérique du sud ne se font pas la guerre pour si peu. Ils sont coutumiers des tensions le long de leurs frontières, et la plupart du temps un pays tiers (souvent le Brésil) les réunis autour d’une table pour mettre fin à ces tensions. Il y a fort à prévoir que ce conflit prendra le chemin classique de paix après une intervention de l’unasur.

- La course à l’armement que certain pays d’Amérique du sud font n’est il pas révélateur d’une guerre imminente?

Les pays membres de l’unasur s’arment pour diverses raisons. Le Vénézuela s’arme de façon sur médiatique pour montrer au reste du monde qu’il n’est pas à prendre à la légère tout en montrant qu’il est allié avec des pays puissants (Chine, Russie, etc). Ici l’armement à une utilisation tactique en appui avec sa politique.

Le Pérou, le Chili, la Bolivie, et la Colombie, s’arment de façon préventive pour sécuriser leur pays face aux narcotrafics mais également pour dissuader les pays frontaliers de les envahir.

Le Brésil enfin, s’arme effectivement nous l’avons vu dans la presse française et sur unasur.fr mais dans une optique plus stratégique. En effet, le Brésil en quête de reconnaissance veut rejoindre les puissances mondiales. Avoir une armée forte et performante à la pointe de la technologie permettra au Brésil de participer aux missions internationales.

-Les opportunités de la France pour pénétrer ce bloc?

La France est l’un des seuls pays au monde à bénéficier de la présence d’une partie de son territoire dans l’enceinte même du continent avec la Guyane française. Si aujourd’hui Nicolas Sarkozy et son gouvernement ont cultivé un rapprochement diplomatique et économique entre le Brésil et la France, il n’en est pas de même avec le reste du continent. La France est le 4ème investisseur étranger du Brésil. La France a choisi de se focaliser sur ce pays car il représente une plus grande stabilité que ces voisins sud américains. Mais il est vrai que la croissance de certains pays d’Amérique du sud nécessiterait une plus grande attention de la part de la France. Il est clair aujourd’hui que la France n’a pas encore établi de stratégie en Amérique du sud et, comme de coutume, a tendance à porter son regard sur la zone de ses anciennes colonies d’Afrique et sur ses voisins.
Cordialement,

Serge Sedille
Equipe Unasur.fr

Leave a Reply