Introduction
Petit documentaire (en anglais) réalisé pour Air France KLM produit par Caribbean Filmcom qui donne un aperçu du Suriname dans son ensemble (histoire, économie, etc..).
Tourné vers un public de tourisme (ne pas s’attarder sur le côté « tout est beau, tout est bien »), il a l’avantage de donner une vue d’ensemble et un bref résumé du pays.
Le Suriname, ancienne Guyane hollandaise, indépendante depuis 1975, se positionnerait au 17eme rang des pays les plus riches du monde en thermes de potentiel de ressources naturelles. Pourtant, dans le même temps, une grande majorité de la population, approximativement 70% (Données de la Commission Européenne de 2007.) vit sous le seuil de pauvreté.
Cette situation engendre un secteur informel prospère. Même si l’on manque de statistiques sur le sujet, par nature difficilement mesurable, l’économie souterraine surinamienne, selon l’Office des Statistiques du Suriname (graphique ci-dessous), emploierait environ 13% de la population (hors trafic de drogues et blanchiment d’argent) et représenterait selon le Ministère des Affaires Etrangères de France environ 30% du PIB globale du Suriname.
Trois secteurs semblent être privilégiés par les réseau
x illégaux : le blanchiment d’argent, le trafic de drogue et l’orpaillage clandestin.
Sur le plan du blanchiment d’argent, on estime qu’environ 9% du système financier, représentant à lui seul 5,5% du PIB en 2007, serait infecté par des « créances douteuses ». Ce taux reste relative
ment élevé, comparé aux taux standards européens. Du côté du trafic de drogue, aucunes statistiques n’existent. On considère que la corruption au sien des institutions administratives fausserait le calcul. Toutefois, on estime que l’augmentation du trafic de drogue va de pair avec l’augmentation de cette corruption institutionnalisée puisque ces organisations illégales, très bien organisées et générant des profits colossaux qu’elles réinvestissent à la fois dans l’économie formelle qu’informelle, se protègent en intégrant des statuts professionnels légitimes et/ou en corrompant des membres institutionnels plus ou moins importants.
Indice de perceptions de la corruption
Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:World_Map_Index_of_perception_of_corruption.png
Montage Image : PARIZON Laëtitia
L’orpaillage clandestin
L’économie formelle du Suriname repose traditionnellement sur l’industrie extractive d’alumine, d’or et, dans une proportion moins importante mais qui tend à croître très rapidement, de pétrole ainsi que de ses exportations. En 2007, ces trois filières représentant plus de 91% du total en valeur des principales filières exportatrices du pays (graphique ci-dessous) ont rapporté prés de 25% des recettes du gouvernement.
Mais le secteur de l’exploitation aurifère a une composante, à la fois, formelle et informelle.
Le secteur formel de l’activité, second en termes de source financière pour l’Etat après l’industrie minière de la bauxite d’où on extrait l’alumine, est structuré autour de grandes compagnies souvent canadiennes comme par exemple Iamgold, Canadian Resource Corporation ou Golden Star qui sont présents sur de grandes sites comme notamment celui de Gross Rosebel (situé à 80km de la capitale Paramaribo) qui regroupent plus de 40 % de la production du pays.
La part informelle de l’activité aurifère, a quant à elle, lieu principalement au sud et au sud-est du pays dans le district de Sipaliwini, le plus grand distinct du Suriname. A la différence de la partie formelle de l’activité, elle est très peu réglementée avec des sites de petites tailles. En raison de la lutte contre l’orpaillage clandestin en Guyane française (« opération Harpie »), les exploitants clandestins au Suriname sont majoritairement des brésiliens et des paysans surinamiens des villages proches.
Légalement, le gouvernement a enregistré 150 chercheurs d’or légaux mais il estime entre 15 000 à 30 000 le nombre de chercheurs d’or qui ne possèdent pas de permis.
Source : http://www.tonkeul.com/Guyane-amerindiens.html (Image prise en Guyane française)
Quel lien avec Guyane française ?
La frontière entre le Suriname et la Guyane française est la limite naturelle tracée par le fleuve Maroni. Cette frontière poreuse est un avantage certain pour l’orpaillage clandestin des deux pays.
De l’autre côté de la frontière, en Guyane française, l’exploitation aurifère est aujourd’hui la seconde activité industrielle du département français et constitue donc un enjeu stratégique commun entre le Suriname et la France. En janvier 2008, un accord de coopération policière entre le Suriname et la France a d’ailleurs été conclut.
Depuis février 2008, le dispositif français de lutte contre l’orpaillage clandestin, qui portait le nom « opération Anaconda » et qui visait des opérations anti-orpaillages ponctuelles de gendarmerie appuyée par la présence de légionnaires, se nomme désormais « opération Harpie ». Depuis le dispositif, qui nécessite le déploiement de plus de 300 militaires (dont une compagnie d’infanterie et deux compagnies PROTERRE de la légion étrangère ainsi que deux détachements du renseignement de l’armée de l’air, des renforts d’état-major et du personnel de santé), est pleinement opérationnel.
Les trois premiers mois de vie de l’opération Harpie sembleraient avoir eu un bilan positif puisque l’opération est entrée dans sa phase 2 c’est-à-dire contrôle des zones déjà « sécurisées » et poursuite d’actions vers des sites plus éloignés où les « garimpeiros » brésiliens y sont chez eux.
Mais la coopération régionale semble de surcroit marqué par des lacunes puisque du côté du Suriname l’activité illégale ne cesse de se développer et la mobilité de certains orpailleurs clandestins rend la surveillance trop aléatoire pour être réellement efficace.
Un impact environnemental non négligeable
L’orpaillage clandestin utilise la méthode d’exploitation la moins couteuse. La première conséquence de cette méthode employée est la dégradation de l’environnement sur les sites clandestins et les alentours.
En effet, 40 % à 50 % du mercure utilisé iraient directement dans le sol et dans les rivières. Le reste se transforme en vapeur de mercure que respire les habitants. Même si aucun cas d’intoxication au mercure n’a été signalé comme tel au Suriname, du côté du Brésil, on dénombre un nombre croissant de cas de malformation chez les nourrissons au sien des communautés autochtones brésiliennes qui seraient directement liés à l’absorption par les femmes durant leur grossesse d’eau empoissonnée au mercure. De même, le lavage des sols (photographie ci-dessous) appauvrit les sols.
Ces méthodes employées qui permettent une meilleure et une plus rapide récupération de l’or polluent et dégradent fortement le sol de ces micro-sites aurifères. Des problèmes de santé, d’environnement et des questions pénales en découlent. Mais aucune législation n’a été, à ce jour, votée par le gouvernement du Suriname pour interdire ou seulement réglementer l’usage et/ou la vente de mercure dans le pays.
Photographie prise en Guyane.
Enfin, selon un rapport de 2008 du Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor, les Marrons et les jeunes garçons seraient sujets à être forcer à travailler clandestinement dans ces sites d’orpaillages illégaux. A ce jour, le gouvernement du Suriname est incapable d’endiguer cette forme d’économie souterraine qui sévit sur son territoire.
Laetitia PARIZON Laëtitia
Sources :
Schmeitz, Maggie. Suriname : Pauvreté dans un pays riche, 2004.
INSEE, Guyane – Suriname : une meilleure connaissance mutuelle pour une coopération renforcée, 2008.
http://www.state.gov/g/drl/rls/hrrpt/2008/wha/119174.htm
http://www.state.gov/r/pa/ei/bgn/1893.htm


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