USA/Colombie: coopération militaire sous haute tension

Colombia UNASUREntre le très sécuritaire président colombien Alvaro Uribe et les chantres de la gauche « bolivarienne », ses homologues vénézuélien et équatorien Hugo Chavez et Rafael Correa, les relations n’ont jamais été faciles. Elles viennent à nouveau de virer au rouge.

En confirmant, mi-juillet, le renforcement de sa coopération militaire avec Washington, Bogota a mis le feu aux poudres. Les Etats-Unis vont être autorisés à utiliser cinq bases militaires en territoire colombien. Officiellement, l’accord a pour seul objet la lutte interne contre le terrorisme et le narcotrafic. Mais ses dispositions, négociées secrètement, n’ont fait l’objet d’aucun débat public, et sa portée n’a pas été clairement précisée. L’accord a été très mal reçu à Caracas. Considérant que le renforcement de la présence américaine « sur le flanc gauche du Venezuela » constitue une menace à la sécurité régionale, M. Chavez a, pour la troisième fois en trois ans, « gelé » les relations diplomatiques avec la Colombie et rappelé son ambassadeur en poste à Bogota. Le gouvernement brésilien a immédiatement offert sa médiation.

« Moi, je n’aime pas l’idée d’une nouvelle base américaine en Colombie », a toutefois déclaré Ignacio Lula da Silva, jeudi 30 juillet. Le président brésilien a souligné qu’il s’agissait d’une « opinion personnelle » et qu’il ne souhaitait pas « créer un conflit avec Uribe ni avec les Etats-Unis ». La présidente chilienne, Michel Bachelet, en visite officielle au Brésil, a soutenu le point de vue brésilien et confirmé que le sujet des bases militaires américaines serait débattu lors du prochain sommet d’Unasur, qui doit se tenir le 10 août à Quito.

Mais Bogota a fait savoir, vendredi, que ni le président colombien ni son ministre des relations extérieures, Jaime Bermudez, n’assisteront au sommet d’Unasur. « La Colombie n’agresse pas la communauté internationale. La Colombie est un pays respectueux des lois. Notre grand problème est le terrorisme interne. C’est la raison de notre lutte », a déclaré le président Uribe pour justifier son absence.

Engagé dans une lutte sans merci contre les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), Bogota soupçonne ses voisins équatorien et vénézuélien de complicité avec l’organisation armée inscrite sur la liste des organisations terroristes. Quito et Caracas démentent. La récente révélation par les autorités colombiennes d’une vidéo où un chef des FARC semble admettre que la guérilla a contribué au financement de la campagne électorale de M. Correa a ravivé la tension bilatérale. En mars 2008, l’Equateur avait rompu ses relations diplomatiques avec la Colombie, pour protester contre une incursion de l’armée colombienne sur son territoire. Elles n’ont jamais été rétablies et ne semblent pas près de l’être.

DÉSÉQUILIBRE COMMERCIAL

L’affaire des lance-roquettes est venue envenimer les relations avec Caracas. L’armée colombienne a annoncé avoir saisi, en octobre 2008, trois lance-roquettes anti-tanks AT4 dans un campement des FARC. Ces armes, de fabrication suédoise, avaient été vendues au Venezuela vingt ans plus tôt. Bogota dit avoir demandé « discrètement » des explications à Caracas, le 2 juin. Un rapport sur les négociations engagées entre les FARC et trois hauts fonctionnaires vénézuéliens aurait été remis au gouvernement vénézuélien. Sans effet. Washington semble décidé à garder ses distances sur cette dernière affaire. « Ce n’est pas vraiment notre problème », a déclaré, jeudi,Ian Kelly, porte-parole du secrétariat d’Etat. Et de préciser : « Nous souhaiterions inciter les deux gouvernements à résoudre le différend par la voie du dialogue. »

Le secrétaire de l’Organisation des Etats américains (OEA), Miguel Insulza, a lui aussi formulé un appel au dialogue et à l’esprit de conciliation, en demandant aux parties d’éviter « toute mesure susceptible d’affecter les gens ». M. Insulza faisait référence aux relations économiques entre la Colombie et le Venezuela. Le commerce entre les deux pays a atteint 7,3 milliards de dollars (5 milliards d’euros) en 2008 ; la Colombie ayant vendu pour plus de 6 milliards de dollars à son voisin pétrolier. En annonçant le gel des relations diplomatiques, M. Chavez a évoqué la nationalisation d’entreprises colombiennes et une politique de substitution d’importations.

Caracas a par ailleurs annoncé un renforcement de sa coopération militaire avec la Russie et l’achat de nouveaux tanks de combat. « Nous, nous n’avons jamais protesté pour les accords signés entre Caracas et Moscou », a pointé le ministre des relations extérieures colombien.

Article Le Monde.

Marie Delcas

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